Virginie de Roquefeuil est marocaine par la naissance et par l’âme. Elle est née à Casablanca, ville-monde où son grand-père s’était établi dès 1928, et c’est au Maroc qu’elle a grandi, étudié, et tissé les liens profonds qui l’attachent à cette terre. Elle y a accompli l’essentiel de son parcours scolaire, jusqu’à l’obtention de son baccalauréat au lycée Lyautey en 1978.
Depuis plus de vingt ans, El Jadida occupe une place singulière dans sa vie. Elle y séjourne aujourd’hui par intermittence, dans une maison chargée d’histoire, acquise au cœur même de la Cité portugaise, presque face à la Porte de la Mer, là où l’océan semble encore murmurer les récits d’antan. Cette demeure, elle l’a patiemment restaurée et transformée en maison d’hôtes, insufflant à ces murs anciens une nouvelle respiration, et participant, à sa manière, à l’essor touristique et culturel de la ville.
Son lien avec El Jadida n’est pas seulement choisi, il est aussi hérité. Par sa sœur, mariée à Xavier Jacquety, enfant de Mazagan et issu d’une famille reconnue dans les Doukkala, Virginie s’inscrit dans une continuité humaine et affective qui dépasse les générations.
L’histoire familiale de Virginie est intimement mêlée à celle du Maroc moderne. Son grand-père, Gilbert Desveaux, y fonda dans les années 1920 l’usine VCR (vinaigrerie chérifienne réunie) sur la route de Mediouna, à Casablanca. Plus tard, son père en assura la direction. Sa mère, Élisabeth Desveaux, emprunta un autre chemin, celui du dévouement silencieux et durable : engagée dans l’action sociale et humanitaire, elle créa un atelier pour les personnes atteintes de la lèpre à l’hôpital d’Aïn Chock, où elle exerça sans relâche de 1970 à 2015.
Au cours d’un récent séjour à El Jadida, j’ai croisé Virginie de Roquefeuil. Lectrice fidèle et attentive des Cahiers d’El Jadida, elle en a réuni la collection complète, qu’elle met à la disposition de ses hôtes, comme on transmet une mémoire vivante, une clé pour comprendre l’âme de la cité. Mais derrière cet attachement se glisse une certaine mélancolie. Virginie observe la Cité portugaise avec une tendresse inquiète. Elle regrette cette longue parenthèse d’immobilisme, marquée par la fermeture prolongée, depuis près de cinq ans, de la citerne manuéline, par l’absence d’une communication à la hauteur de la richesse du lieu, et par les lenteurs qui entravent encore l’aménagement du parking près de la Porte de la Mer. Autant de silences qui, à ses yeux, freinent l’élan d’un patrimoine qui ne demande qu’à revivre.
jmahrim@yahoo.fr
Chronique de Mustapha Jmahri : Virginie de Roquefeuil sur les hauteurs de la cité portugaise
