Il y en a des répliques célèbres qui vous restent en mémoire toute votre vie. Des phrases courtes, sèches, presque anodines, mais dont la charge symbolique est redoutable. Elles surgissent sans prévenir, comme un réflexe, chaque fois que l’on observe certains comportements humains… surtout dans la vraie vie.
Souvent ce sont des phrases d’une simplicité extrême mais d’un sens impitoyable. Des phrases qui vous reviennent à l’esprit quand vous vivez certaines situations ou lorsque vous êtes témoins d’un fait social.
Dans mon cas, deux répliques mythiques de western me reviennent régulièrement à l’esprit. La première : « Que personne ne bouge ! ». La seconde : « Montrez-moi la couleur de votre pognon ! ». Deux répliques, qui à la première lecture paraissent tout à fait banales mais qui sont pleines de sens.
C’était l’époque des années 1960-70. Nous étions un groupe de collégiens qui allaient presque chaque weekend au cinéma Paris à El Jadida. C’était aussi l’époque dorée des westerns avec de grands acteurs inoubliables tels : Kirk Douglas, Clint Eastwood, Yul Brynner, Telly Savalas, Steve McQueen et Robert Mitchum. Des films comme « Le Bon, la Brute, le Truand », « Rio Bravo », « Il était une fois dans l’Ouest », « Tuez-les tous et revenez seul » et d’autres chefs-d’œuvre tout aussi séduisants et captivants les uns que les autres.
Ironie du sort : aujourd’hui, le décor a changé, mais les cow-boys sont toujours là. Ils ont simplement troqué le colt contre la langue bien pendue. Plus de chevaux, plus de poussière, mais une présence assidue dans les cafés, sur les trottoirs et parfois même sur les réseaux sociaux. Dans notre quotidien, on croise ces nouveaux shérifs spécialistes de tout et experts en rien. Leur mot d’ordre implicite reste le même : « Que personne ne bouge ! ».
Tant que rien ne se fait, tout va bien pour eux. L’immobilisme est leur zone de confort. Mais dès qu’un citoyen ose s’engager, faire du bénévolat ou lancer un projet social, sportif ou culturel, ils dégainent plus vite que leur ombre… verbale, bien sûr. Ils oublient ce Hadith du Prophète Sidna Mohammed (Prière et Paix Divines sur lui) : « Que celui qui croit en Allah et au Jour dernier, dise du bien ou qu’il se taise. »
D’autant plus que ces énergumènes ont l’habitude de profiter de tous et des autres sans jamais mettre la main à la poche. Ils sont les adeptes de la culture du « fabor » en toutes occasions et en toutes directions : « fabor à babord » et « fabor à tribord ». Alors un conseil sous forme de réplique western : « Montrez-nous d’abord la couleur de votre pognon. » Et si vous êtes en faillite moralement ou financièrement, eh bien gardez le silence. Au moins vous aurez conservé un minimum de décence.
Jmahrim()yahoo.fr
Chronique de Mustapha Jmahri :Que personne ne bouge
