Sept ans. C’est le temps qu’aura passé Salah Dahha à la tête de la province de Taounate.
Sept longues années où l’espoir s’est lentement éteint, remplacé par la résignation. Sept années où les promesses de développement se sont dissoutes dans le silence administratif et la stagnation sociale.
Et voilà que le même homme vient d’être nommé gouverneur d’El Jadida. Une question, alors, s’impose : serait-ce le coup de grâce pour une ville déjà fragilisée par des années de gestion hésitante et de projets inachevés ?
À Taounate, le nom de Dahha évoque bien des désillusions. Des routes laissées à l’abandon, un transport scolaire transformé en rente politique, des projets de développement insignifiants, une communication quasi inexistante… Les habitants, isolés, avaient fini par perdre confiance. Les réunions, souvent purement protocolaires, n’accouchaient que de promesses vides, nourrissant un profond découragement collectif.
Mais au-delà du bilan, c’est le style Dahha qui interroge : une gouvernance distante, quasi muette, où les décisions se prennent derrière des portes closes et où la population a rarement voix au chapitre. Un gouverneur discret, trop discret, au point que certains se demandent s’il a réellement habité le territoire qu’il administrait.
Aujourd’hui, El Jadida, jadis perle atlantique, cité élégante où il faisait si bon vivre, accueille ce haut fonctionnaire venu du Nord. Mais la ville, elle aussi, s’essouffle. Fatiguée des promesses non tenues, des chantiers figés et des ambitions étouffées, elle espère enfin un souffle nouveau. Les Jdidis, eux, observent, inquiets. Ils redoutent que l’histoire ne se répète.
Bien sûr, l’éthique impose de ne pas juger avant d’avoir vu à l’œuvre. La justice commande de donner sa chance à chacun. Peut-être que Salah Dahha, fort des leçons de Taounate, saura changer de méthode : renouer le dialogue, écouter la rue, comprendre la ville et réveiller son énergie endormie.
Mais une chose est sûre : El Jadida n’a plus droit à l’erreur. Après tant de conseils communaux défaillants, tant de gouverneurs de passage qui n’ont rien laissé de positif, la ville ne peut plus se permettre la médiocrité.
Si Salah Dahha échoue à entendre le battement du cœur jdidi, ce ne sera pas seulement un échec administratif de plus, ce sera le coup de grâce d’une cité qui refuse de mourir en silence.
Abdellah Hanbali
