Le « Deauville marocain » : Mythe persistant ou ambition trahie ?

Tout est parti d’une phrase devenue célèbre, prononcée par le Maréchal Lyautey au début du XXe siècle :« El-Jadida sera le Deauville marocain. »
Une vision ambitieuse, presque prophétique, pour cette ville du littoral atlantique marocain qui, à l’époque, réunissait tous les ingrédients d’un futur joyau balnéaire.
Mais plus d’un siècle plus tard, que reste-t-il de cette promesse ? Peut-on encore, sans rougir, évoquer El-Jadida et Deauville dans la même phrase ?
À l’époque, la comparaison n’avait rien d’absurde. El-Jadida disposait d’un hippodrome flambant neuf, d’une plage magnifique bordée de cabines colorées, et même d’un casino, certes éphémère, mais qui aurait pu rivaliser avec les établissements européens. Son hôtel Marhaba, bijou d’architecture inspiré des lignes du Titanic, témoignait d’une volonté affirmée de grandeur et d’élégance.
Le parallèle avec Deauville, perle de la côte normande, célèbre pour son casino monumental, ses jardins impeccables, ses célèbres planches en bois, son cinéma, ses palaces, ses courses hippiques, n’était donc pas sans fondement.
Mais aujourd’hui, force est de constater que le fossé s’est creusé. Là où Deauville a su cultiver son aura et préserver son standing, El-Jadida semble avoir perdu le cap.
Au fil des décennies, la ville a vu défiler des conseils communaux successifs, souvent incompétents, improvisés, parfois corrompus. Des hommes sans vision, sans amour pour l’esthétique ni respect pour l’histoire, ont pris les rênes de la ville. Résultat : un urbanisme anarchique, un littoral enlaidit, un patrimoine laissé à l’abandon… et surtout, une promesse trahie.
Pourtant, tout n’est pas perdu. El-Jadida garde en elle les germes de ce rêve : une position géographique exceptionnelle, un héritage architectural remarquable, une ambiance singulière entre Orient et Occident. Mais encore faudrait-il que les responsables locaux cessent de penser à court terme et se décident, enfin, à investir dans l’intelligence urbaine, la culture, la qualité et la durabilité.
Peut-être alors pourra-t-on, un jour, sans ironie ni nostalgie, redonner sens à la vision du Maréchal Lyautey.

Abdellah Hanbali

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