Par Kawtar SEMLALI
Doctorante en histoire
Dans le cadre de mon travail de thèse sur l’histoire moderne d’El Jadida et d’Azemmour, j’ai eu le plaisir d’acquérir récemment une sélection d’ouvrages du chercheur Mustapha Jmahri, publiés dans sa collection « Les Cahiers d’El Jadida ». Cette série, fruit d’un projet intellectuel indépendant et bénévole, est dédiée à l’histoire monographique de la ville d’El Jadida et de la région des Doukkala, ainsi qu’à l’exploration de leurs mutations socio-économiques et culturelles à travers le temps.
La force de son travail réside dans son caractère pionnier : il compte parmi les premiers chercheurs marocains, depuis l’indépendance, à s’investir avec une telle constance dans ce vaste chantier historique consacré à El Jadida et sa région. Partant pratiquement du néant, il a su sauver de l’oubli des bribes de mémoire et des fragments du passé. Pour y parvenir, Mustapha Jmahri a déployé une méthodologie de terrain, conjuguant la collecte de témoignages oraux à l’exploration directe de sources inédites pour reconstituer l’histoire vivante de la région.
La collection « Les Cahiers d’El Jadida » constitue une expérience réussie dans le champ de l’historiographie locale au Maroc. Lancée en 1993, cette série éditoriale totalise aujourd’hui, après plus de trois décennies d’existence, une trentaine d’ouvrages de référence. Ces publications, complétées par de nombreux articles parus dans des magazines papier et numériques, ont largement enrichi le corpus bibliographique et documentaire relatif à l’histoire de la région des Doukkala.
Son autre livre « Une vie de colon à Mazagan, agriculteurs étrangers en Doukkala » a été classé, par le site Grafiati parmi les 50 meilleurs livres sur le sujet « Agriculteurs ». Le site Grafiati, basé à Houston, est un service en ligne qui permet de créer automatiquement des références et des listes bibliographiques. Ce même livre a été traduit en arabe par le professeur Mostapha Toby de l’université d’Agadir.
La valeur scientifique des contributions du chercheur Mustapha Jmahri réside dans le traitement de thématiques qui, avant lui, n’avaient pas bénéficié d’études antérieures approfondies. Cela a parfois nécessité la reconstruction de la matière historique à partir de sources primaires et de documents d’archives. C’est notamment le cas pour ses ouvrages sur l’histoire du port d’El Jadida, de la communauté juive de la ville, ou encore de l’histoire consulaire mazaganaise, qui s’appuient sur les fonds des archives diplomatiques. Il en va de même pour ses recherches sur l’histoire de la kasbah de Boulaouane, dont il a mis en lumière le lien mémoriel avec le passage de Saint-Exupéry en 1927.
Il est indéniable que ces travaux comblent des lacunes importantes dans la production monographique régionale et élargissent la base documentaire offerte aux chercheurs. En tant que doctorante en histoire, j’exprime ma profonde considération à Mustapha Jmahri pour sa rigueur et son dévouement exemplaire à la sauvegarde de la mémoire des Doukkala et du patrimoine national marocain.
Kawtar Semlali
