Quand Jacqueline Corbeel me racontait le passage de Saint-Exupéry à El-Jadida

Par Mustapha JMAHRI

Madame Jacqueline Corbeel, petite-fille du baron Arthur de Leusse, née le 25 décembre 1928 à Montpellier, s’est éteinte à Plaissan (France) à l’âge de 96 ans, le 5 mars 2025.
Son grand-père, le baron Arthur de Leusse, était arrivé au Maroc au début du XXe siècle. C’est au moment de la Première Guerre mondiale qu’il y servit au sein d’une expédition militaire, dont la mission était d’acheter des chevaux pour l’armée française. Séduit par El Jadida, le baron y fit construire une magnifique propriété sur la plage, à l’entrée de la ville. Cette façade emblématique, devenue un repère historique local avant d’être rachetée puis transformée par la société des Phosphates, illustre d’ailleurs la couverture de mon ouvrage « Mazagan, mémoires partagées », paru en 2018.
C’est au cœur de cette prestigieuse résidence, lors d’un périple reliant Casablanca à la kasbah de Boulaouane, qu’Antoine de Saint-Exupéry fut reçu à déjeuner un jour de l’année 1927. Jacqueline Corbeel me révéla cette anecdote lors d’échanges téléphoniques en février et mars 2020, confiant à ce propos : « Dans mon enfance, cette histoire, je l’ai souvent entendue au sein de la famille ». La chronique intégrale sur la famille De Leusse à El Jadida, ainsi que sur le passage de l’illustre écrivain-aviateur dans la province, sont consignées dans mes deux ouvrages : « El Jadida, traces de pas sur la plage » (2023) et « Boulaouane, kasbah historique et Citadelle de Saint-Exupéry » (2025).
Loin des bancs de l’école, Jacqueline passa ainsi toute son enfance et sa jeunesse au Maroc, vivant au rythme de la demeure familiale de Mazagan, avec une gazelle comme animal favori. Ce n’est qu’après la libération de la France qu’elle put traverser la Méditerranée pour de nombreux voyages en compagnie de sa mère et de sa tante. Elle y retrouva une nombreuse parentèle, allant de château en château à la découverte des berceaux familiaux à travers le Languedoc et le Dauphiné.
Plus tard, elle épousa à Paris Jean-Claude Corbeel, capitaine dans l’Armée de l’air. Le couple choisit ensuite de se réinstaller au Maroc pour exploiter un domaine agricole dédié à la culture du blé et du maïs à El-Attaouiya, près de Kelaâ Sraghna, avant de s’établir définitivement à Casablanca.
La photographie jointe, datant de juin 1990, immortalise Jacqueline Corbeel aux côtés d’une autre figure mazaganaise : Blanche Rzekiecki d’Alegron, ancienne professeure au lycée Ibn Khaldoun d’El Jadida.
Jmahrim()yahoo.fr

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