Abdellatif Hajji, président de la Jeune chambre économique d’El Jadida

Par Mustapha JMAHRI

Au lendemain de l’indépendance du Maroc, l’histoire des élites économiques locales d’El Jadida est marquée par une nouvelle restructuration administrative. En septembre 1959, face aux changements liés à la suppression de la province d’El Jadida, la jeune section locale de la Jeune chambre économique (J.C.E.) vit un tournant. Lors d’une réunion officielle à la municipalité suivie d’une réception au Café français, son président fondateur Yves Monnier (lire son témoignage dans mon livre « El Jadida, la revanche des racines »), muté à Rabat, transmet le flambeau à un jeune cadre marocain. C’est à cette date charnière que le dynamique Abdellatif Hajji prend la relève, s’engageant à pérenniser l’œuvre des pionniers et à défendre l’identité économique des Doukkala.
Cette information provient du journal « Le Petit Marocain-Progrès ». L’exemplaire précis n’affiche pas sa date complète dans le bandeau supérieur visible, mais l’événement s’est déroulé immédiatement après la réunion officielle du 17 septembre 1959 (la parution date donc de septembre 1959).
Le nouveau président de la J.C.E. d’El Jadida, Abdellatif Hajji, s’adressant à monsieur Monnier (ancien conseiller technique à la province d’El Jadida) lors du dîner d’adieu au Café français, lui adresse tous ses regrets de le voir quitter la ville. Il s’exprima en ces termes :
« J’avoue franchement combien il m’est difficile de trouver des mots pour exprimer d’une façon émouvante ce que nous ressentons tous à la veille de ce départ. Une question se pose à moi : la JCE d’El-Jadida aurait-elle existé si je n’avais fait la connaissance de monsieur Monnier un jour de l’été dernier, quelque temps avant l’organisation de la première conférence sur le marché commun ? Je dois sincèrement l’avouer : la JCE d’El-Jadida n’aurait pas encore vu le jour si son président d’honneur d’aujourd’hui ne s’était pas intéressé aux activités de la JCE avec notre dynamique camarade Dubruel.
Nous devons à monsieur Monnier, à son travail acharné, à sa foi, à sa personnalité, la formation d’une association qui peut s’enorgueillir de compter aujourd’hui, après six mois d’existence, dont trois mois de travail effectif, une cinquantaine d’adhérents actifs et une trentaine de sympathisants, dont plus de la moitié rentreront dans la première catégorie avant la fin du mois prochain : tous représentant les meilleurs éléments actifs de notre population dans les différents domaines de son activité. Notre JCE doit autant à monsieur Monnier qu’à un collaborateur anonyme qui nous fait l’honneur de répondre à notre invitation. Avec son hospitalité habituelle, avec sa simplicité souriante, madame Monnier a travaillé aux côtés de son mari. Aussi, c’est bien intentionnellement que l’on s’emploie ce soir à rendre le séjour de nos éminents visiteurs des plus agréables en organisant des dîners, des soupers ou des apéritifs dans un cadre de douce intimité familiale.
Cher président, Madame, vous allez bientôt nous quitter, mais votre souvenir restera vivant comme celui des nombreux pionniers d’El-Jadida tels que Raffai, Tadili, El-Khafib, Laraki, Abderrahman Mseffer, docteur Paoletti, Abderrahman Tazi, Bendali et d’autres encore tel que le toujours jeune Adigard des Gautries, et votre nom se confondra avec l’histoire de notre ville, de notre capitale des Doukkala.
Je termine ces quelques mots d’adieu, en vous remettant, cher président, le meilleur des souvenirs qu’une association aussi jeune puisse remettre à celui à qui elle doit tout. Je vous remets, ou plus exactement je vous donne au nom de tous nos camarades, l’assurance solennelle que nous n’épargnerons aucun effort pour perpétuer l’œuvre que vous avez si bien commencée ».
Ainsi, le passage de témoin entre Yves Monnier et Abdellatif Hajji, en septembre 1959, constitue une étape importante dans l’histoire économique et associative d’El Jadida. Ce témoignage d’époque nous rappelle que l’histoire d’une ville se construit aussi grâce à des hommes de conviction, dont l’action et la mémoire méritent d’être transmises aux générations futures.
Légende photo : : Abdellatif Hajji prononçant son allocution, le 17 septembre 1959 à El Jadida. À gauche, Yves Monnier et son épouse.
Jmahrim()yahoo.fr

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