Depuis ce samedi 29 août, une nouvelle campagne de « libération du domaine public » a investi certains des points noirs d’El Jadida, notamment l’avenue Al Hansali et les abords du Mazagan Mall.
Une opération nécessaire, certes. Mais qui arrive bien tard… Comme si l’on avait attendu que les touristes repartent, déçus, voire outrés par l’anarchie, l’encombrement et la saleté qui défigurent le centre- ville et ses alentours, pour se réveiller enfin.
Et comme si la rentrée scolaire, à quelques jours de là, avait soudain rendu l’espace public digne d’intérêt.
Les marchands ambulants et les « Ferrachas » sont aujourd’hui priés de libérer les lieux.
Mais cette scène, les Jdidis la connaissent par cœur. Ils l’ont vue des dizaines, peut-être des centaines de fois. Une campagne commence, quelques points noirs sont nettoyés, les bulldozers et les agents investissent les lieux… Puis, quelques jours plus tard, tout recommence comme avant.
On pourrait presque en sourire si la réalité n’était pas si triste.
Car derrière cette pièce de théâtre, il y a une question que personne ne semble vouloir poser tout haut :
- Comment un phénomène que l’on prétend combattre aujourd’hui a-t-il pu prospérer aussi longtemps ?
- Le bakchich, lorsqu’il existe, n’est-il pas précisément l’un des carburants de cette anarchie ?
- Et lorsque ceux qui ferment les yeux finissent par rouvrir les mêmes portes, que peut-on espérer d’une énième campagne ?
Les touristes sont partis. La ville, elle, reste avec ses trottoirs occupés, ses chaussées grignotées et cette impression persistante que la loi est parfois négociable.
Alors oui, il fallait agir. Il était même urgent d’agir. Mais il ne faudrait surtout pas que cette opération ne soit qu’un nouveau coup de balai destiné à donner l’illusion que tout est rentré dans l’ordre.
Espérons que le gouverneur saura cette fois taper du poing sur la table, non pas pour quelques jours, mais durablement. Pour préserver l’image d’El Jadida, la tranquillité de ses habitants et leur droit élémentaire à une ville propre, ordonnée et respectueuse de la loi.
Une loi que les autorités n’auraient jamais dû laisser être bafouée avec une telle désinvolture.
Car à force de rejouer le même mauvais film, on finit par ne plus croire au dénouement.
Abdellah Hanbali
