Entouré des siens, ce 1er août 2026 à Sidi Moussa, Henri Grau a célébré son 95ème anniversaire. Figure emblématique des Doukkala, cet homme à la mémoire prodigieuse incarne à lui seul un siècle d’histoire partagée entre le Maroc et la communauté européenne locale.
Né en 1931 à Zemamra (plus précisément à Sidi Rbiâ), Henri Grau fait partie de ceux qui ont fait le choix viscéral de rester au Maroc après l’Indépendance. Après la vente des terres familiales en 1963 à des Marocains de leur entourage, il s’installe en 1970 en France, près de Libourne. Mais l’appel des Doukkala a été le plus fort : en 1996, après cette parenthèse, Henri revient s’installer au bord de la magnifique lagune de Sidi Moussa, avant de venir s’établir définitivement à El Jadida.
Son parcours de vie dans l’Oulja figure d’ailleurs dans mon ouvrage « El Jadida, traces de pas sur la plage », paru en 2023. Intitulé « Le plus ancien Européen de l’Oulja » (pages 49 à 54), son témoignage s’impose aujourd’hui comme une mine d’informations pour les chercheurs et les historiens de la région. Comme à son habitude, notre entretien s’est déroulé presque entièrement en arabe marocain, une langue qu’il maîtrise à la perfection pour l’avoir parlée dès son plus jeune âge avec les enfants du douar. « Ana ould loulja » (Je suis l’enfant de l’Oulja), aime-t-il rappeler avec fierté.
À travers son témoignage, Henri Grau nous replonge dans la vie agricole, sociale et humaine de cette frange côtière des Doukkala de 1930 à 1970. Du côté paternel, l’histoire de la famille commence en 1930 lorsque son père, Joachim Grau, s’établit dans la campagne d’El Jadida. La famille cultive une large variété de légumes destinés à l’exportation. La propriété abrite également un élevage porcin, tandis que les céréales sont vendues à la coopérative Scam d’El Jadida ainsi qu’aux sociétés Forafric et Continentale.
Pour Henri Grau, l’attachement à la culture marocaine est une affaire de cœur et de famille. Dans sa fratrie de six enfants, son frère aîné portait même un prénom marocain : Jilali. Aujourd’hui, du haut de ses 95 ans, il contemple les mutations de cette bande de l’Oulja qu’il a vue se transformer depuis les années 1930.
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Chronique de Mustapha Jmahri : Henri Grau fête ses 95 ans à El Jadida
