Ils ont détruit l’âme de la plage… et oublié de bâtir l’avenir.

Il n’y avait pourtant aucune urgence. Aucun Jdidi de souche, aucun amoureux d’El Jadida n’avait réclamé la disparition des cabines emblématiques de la plage, ni celle des cafés Al Mohit et Chams… Bien au contraire. Ces lieux faisaient partie de la mémoire collective, de ces repères qui donnaient à notre littoral un visage unique et une âme que tant de villes nous enviaient.
Mais l’enthousiasme des autorités et de certains élus à les raser fut si soudain, si pressant, que beaucoup finirent par leur accorder le bénéfice du doute. On imaginait des études approfondies, un projet d’envergure, une vision claire. On se disait qu’un tel sacrifice ne pouvait être consenti que pour offrir à la plage un avenir encore plus beau.
Les bulldozers, eux, n’ont pas attendu. Ils ont balayé en quelques jours des décennies de souvenirs, comme si le temps lui-même était devenu un obstacle. Une telle précipitation laissait croire que le chantier était parfaitement ficelé, que chaque étape avait été pensée et planifiée.
Et pourtant…
Aujourd’hui, en pleine saison estivale, le chantier semble enlisé. Le sable a remplacé les promesses, le silence a succédé au bruit des vagues mêlé aux éclats de rire, et le vide occupe désormais la place de tout un pan de notre mémoire.
À contempler ce qui a été réalisé jusqu’à présent, une question s’impose avec amertume : fallait-il vraiment détruire pour en arriver là ? Tout laisse penser que certains responsables avaient un plan pour démolir, mais aucun véritable projet pour reconstruire.
La plage d’El Jadida porte aujourd’hui les stigmates d’une décision prise avec une étonnante légèreté. On a effacé ce qui faisait son identité sans offrir, en retour, une vision capable de susciter l’adhésion ou l’émerveillement.
Les cabines ne reviendront sans doute jamais. Mais elles continueront de vivre dans les souvenirs de ceux qui ont connu cette plage lorsqu’elle racontait encore une histoire. Car un patrimoine se protège, se restaure et se transmet. Lorsqu’on choisit de l’effacer sans savoir par quoi le remplacer, ce n’est pas seulement du bois ou du béton que l’on détruit : c’est une part de l’âme d’une ville.
Abdellah Hanbali

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