Inauguré au cœur des années fastes, le Casino de Mazagan, tel qu’il était alors connu, jouissait d’une réputation qui dépassait les frontières du royaume. Lieu de prestige, il accueillait en 1930 le banquet de clôture du Congrès des Loges Marocaines du Grand Orient de France (GODF), marquant ainsi l’ancrage durable de la franc-maçonnerie dans cette bâtisse emblématique.
Devenu une tradition annuelle, cet événement continua d’y être célébré jusqu’au début des années 1950. Mais en 1951, un tournant radical s’amorce. Les services municipaux décrètent un « arrêté de péril », invoquant la corrosion des piliers métalliques de la passerelle du bâtiment. Un diagnostic jugé incomplet, voire partial, par de nombreux Mazaganais qui contestent la décision. L’expertise, notent-ils, ne mentionne aucune alternative de réhabilitation, alors même que la structure principale repose sur des piliers en bois, encore solides.
Dans le même temps, le climat politique se durcit. Une campagne virulente anti-maçonnique prend de l’ampleur à travers le pays, fragilisant encore davantage le lieu dans son image et sa symbolique. Face à ce double front, péril technique et pression idéologique, le Casino est dynamité en 1952, balayant en quelques secondes des décennies d’histoire, de culture et de mémoire collective.
Une page se tourne alors brutalement. Celle d’un édifice qui, bien avant d’être la cible de rumeurs, fut surtout un symbole vivant de l’effervescence culturelle et des mutations sociopolitiques du Maroc du XXe siècle.
Conclusion, le Casino d’El Jadida n’a jamais été dynamité pour cause de rivalité commerciale avec l’hôtel Marhaba, comme le colportait une tenace rumeur populaire. Sa disparition, bien plus complexe, s’inscrit à la croisée d’enjeux techniques, politiques et idéologiques.
Abdellah Hanbali
