El Jadida: le crépuscule d’une ville qui méritait la lumière.

Avant même d’être un bâtiment, c’est un symbole. Et lorsqu’un symbole s’effondre, c’est toute l’image d’une ville qui vacille.
Il est des scènes qui glissent sur le regard de ceux que la médiocrité a fini par anesthésier. Elles deviennent presque normales, banales. Mais il en est d’autres qui ne peuvent s’y résigner. Car ce qu’ils voient n’est pas un simple mur dégradé ni quelques carreaux tombés. Ils y lisent le reflet fidèle d’un mal plus profond : celui de la négligence, de la cupidité, du travail bâclé et de l’absence de cette exigence qui fait les grandes villes.
Cette demeure, attenante au parc Spinney, n’est pas une bâtisse ordinaire. C’est la Maison d’Hôtes où la commune et la préfecture accueillent les personnalités de haut rang en visite officielle à El Jadida. C’est là même que Sa Majesté le Roi a séjourné lors de sa dernière visite dans notre cité.
Héritée d’une autre époque, cette résidence majestueuse, entourée d’une végétation généreuse, ne demandait pourtant rien d’extraordinaire. Seulement un entretien régulier, quelques gestes simples pour préserver son élégance et son prestige. Rien de plus.
Mais même cela semble aujourd’hui hors de portée. Les carreaux qui se détachent, les finitions bâclées, les traces d’un travail exécuté sans conscience racontent une histoire bien plus triste que celle d’un bâtiment vieillissant. Elles racontent le renoncement.
Le plus troublant demeure ailleurs.
Le gouverneur passe devant ce décor presque chaque jour. Son domicile est à quelques mètres seulement. La préfecture également.
Comment une telle vision peut-elle ne susciter aucune réaction ?
Comment accepter que ce spectacle s’installe dans le paysage sans qu’aucune responsabilité ne soit engagée ?
Comment le maître d’œuvre de ces travaux n’a-t-il jamais été appelé à rendre des comptes ?
El Jadida n’est pas condamnée à la médiocrité. Elle est simplement prisonnière d’une résignation qui ne devrait jamais être une politique publique.
Cette ville porte en elle une histoire, une âme, un patrimoine que tant d’autres lui envient. Elle mérite des regards qui la protègent plutôt que des habitudes qui l’abandonnent.
Il est temps de rompre avec cette culture du « à peu près ». Il est temps que l’amour d’El Jadida l’emporte enfin sur l’indifférence.
Car une ville ne meurt jamais d’un carreau tombé. Elle commence à s’éteindre le jour où plus personne ne s’en émeut.

Abdellah Hanbali

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