Cité portugaise d’El Jadida : une bureaucratie qui enterre l’urgence patrimoniale

Il aura donc fallu plus de cinq longues années depuis la fermeture de la citerne portugaise pour voir émerger… une commission consultative. Une de plus, diront certains, dans un feuilleton administratif qui n’en finit pas de s’étirer, au moment même où l’état du monument, lui, ne cesse de se détériorer.
Sur le papier, tout y est : approche participative, multiplicité des intervenants, réunions de coordination et discours bien rodé sur la préservation du patrimoine. Dans les faits, la réalité est autrement plus préoccupante. Pendant que les réunions s’enchaînent et que les procédures s’empilent, la citerne continue de subir les affres du temps, victime d’infiltrations, de dégradations structurelles et, surtout, d’un immobilisme difficilement justifiable.
Car la question dérange : pourquoi avoir attendu tout ce temps pour enclencher une dynamique qui aurait dû relever de l’évidence et de l’urgence ?
Comment expliquer que ce joyau classé, témoin de plus de cinq siècles d’histoire, ait été laissé en suspens, prisonnier d’une machine bureaucratique lourde, lente et souvent opaque ?
Cela fait plus d’une vingtaine d’années que feu Michel Amengal avait tiré la sonnette d’alarme à propos de la citerne portugaise, pourquoi personne ne l’avait écouté?
Le cas de la citerne n’est malheureusement pas isolé. Il s’inscrit dans un schéma plus large où d’autres sites patrimoniaux, à l’image de Boulaâouane ou du site de Lamjahdine, subissent un sort similaire : abandon progressif, absence d’entretien réel, et interventions tardives, quand elles ne sont pas purement symboliques.
À chaque fois, le même refrain revient : manque de moyens, contraintes administratives, complexité des procédures. Des arguments qui, s’ils peuvent expliquer certaines lenteurs, peinent à justifier une telle inertie sur la durée. Car au-delà des budgets, c’est bien la question de la gouvernance, de la réactivité et, osons le dire, de la responsabilité qui se pose.
Entre-temps, le patrimoine, lui, ne patiente pas. Il s’effrite, se fragilise, parfois de manière irréversible. Et ce temps perdu, personne ne pourra le rattraper.
Aujourd’hui, la mise en place de cette commission arrive comme une tentative de relance. Mais elle intervient tard, très tard, dans un contexte où la confiance s’est érodée et où les attentes sont immenses. Reste à savoir si elle marquera un véritable tournant opérationnel… ou si elle viendra simplement s’ajouter à la longue liste des dispositifs sans lendemain.
Car à El Jadida comme ailleurs, le patrimoine n’a pas besoin de promesses supplémentaires. Il a besoin d’actes. Maintenant.
Abdellah Hanbali

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