Camping international d’El Jadida : chronique d’un gâchis annoncé

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Le dossier du camping international d’El Jadida ressurgit, encore et encore, comme un mauvais feuilleton dont la ville ne parvient pas à tourner la page. Mais derrière l’apparente banalité d’un contentieux juridique, se dessine une réalité autrement plus préoccupante : celle d’une gouvernance minée par la médiocrité, les calculs étriqués et des règlements de comptes aussi stériles que destructeurs.
Certes, une audience est prévue le 5 mai 2026 devant la Cour de cassation à Rabat, à la suite de la demande de réexamen introduite par l’ancien locataire. Mais réduire cette affaire à sa seule dimension judiciaire serait une erreur. Car ce qui se joue ici dépasse largement le cadre des tribunaux : c’est l’image d’une ville livrée aux rivalités de ses propres élus.
Pendant que ces derniers s’enlisent dans des batailles personnelles, le camping international, autrefois vitrine touristique prometteuse, s’effondre lentement dans l’indifférence. À côté, les cabines de la plage démolies, des structures délabrées, des équipements abandonnés… le constat est accablant. Ce n’est plus une simple dégradation de la ville, c’est un véritable naufrage, un massacre architectural qui témoigne d’un profond désintérêt pour le patrimoine local.
Et derrière ce décor de désolation, une évidence s’impose : les intérêts des habitants ne pèsent pas lourd face aux querelles d’ego. Les décisions sont paralysées, les investissements bloqués, et l’avenir hypothéqué. Le camping n’est plus qu’un symbole parmi d’autres d’une gestion chaotique où l’improvisation le dispute à l’incompétence.
Car au fond, ce dossier révèle un mal bien plus profond. Ce n’est pas seulement un site touristique qui est sacrifié, mais toute une ville qui s’enfonce progressivement. Jadis surnommée le « Deauville marocain », El Jadida semble aujourd’hui payer le prix d’une classe dirigeante sans vision, faite de parvenus plus soucieux de leurs querelles que du bien commun.
À défaut de porter des projets ambitieux, le minimum aurait été de préserver l’existant. Mais même cela semble hors de portée. Et pendant que les élus règlent leurs comptes, la ville, elle, poursuit sa lente descente… vers l’oubli.
Abdellah Hanbali

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