La promesse d’un emploi s’est transformée en traquenard. La chambre criminelle de première instance près la Cour d’appel d’El Jadida a condamné un plâtrier à huit ans de réclusion criminelle, le reconnaissant coupable de viol avec violence dans une affaire qui a profondément marqué l’opinion locale.
À l’origine du dossier, la plainte d’une jeune femme de 25 ans, divorcée et employée comme serveuse. En quête d’un travail plus stable, elle tombe sur une annonce publiée sur Facebook par un compte se présentant comme celui d’une femme. L’offre évoque un poste de serveuse dans un café à El Jadida. Pour la jeune femme, isolée de sa famille installée à Sidi Bennour et confrontée à des difficultés financières, l’opportunité paraît inespérée.
Après un premier échange, l’administratrice du compte lui transmet le numéro d’un homme présenté comme propriétaire d’un café situé dans la commune de Moulay Abdellah. Aucun nom complet, aucune adresse précise. Mais la perspective d’un emploi l’emporte sur la prudence.
Au téléphone, l’homme se montre rassurant. Il propose un rendez-vous le soir même, vers 21 heures, près du rond-point Marrakech, au centre d’El Jadida, afin de discuter des modalités d’embauche. La jeune femme s’y rend. Elle monte sur la moto de celui qu’elle croit être son futur employeur, persuadée de se diriger vers le café évoqué.
Le trajet prend pourtant une autre direction. L’homme quitte l’axe principal et s’engage sur un chemin de terre sombre, expliquant devoir attendre un ami pour récupérer un morceau de résine de cannabis. Transie par le froid, la jeune femme le suit à l’intérieur d’une habitation traditionnelle plongée dans l’obscurité.
C’est là, selon sa déposition, que le masque tombe. L’homme lui avoue ne posséder aucun café et n’avoir jamais eu l’intention de l’embaucher. Son objectif, dit-elle, était clair : obtenir une relation sexuelle.
Sous la menace implicite d’une agression et paralysée par la peur, elle affirme avoir cédé à la contrainte, sans pouvoir opposer de résistance.
Après les faits, il la reconduit à moto et l’abandonne près du centre laitier, lui remettant 100 dirhams avant qu’elle ne prenne un taxi pour rentrer chez elle.
Saisie, l’autorité judiciaire ordonne une expertise médicale et charge les éléments de la gendarmerie royale de Sidi Bouzid de procéder à l’interpellation du suspect. Le rapport du médecin légiste mentionne une défloration ancienne, la plaignante étant divorcée, sans constater de traces récentes de violences sexuelles.
Placée au cœur du débat judiciaire, la question du consentement oppose les versions. Lors de son audition, l’accusé reconnaît avoir créé un faux compte Facebook au nom d’une femme pour attirer de jeunes candidates à de prétendues offres d’emploi. Il admet ne posséder aucun café et avoir utilisé ce stratagème à plusieurs reprises, sans succès jusqu’alors. Concernant la plaignante, il soutient que la relation était consentie et dénuée de violence.
Après examen des éléments du dossier et les plaidoiries des différentes parties, la Cour a estimé les faits suffisamment établis pour retenir la qualification criminelle et prononcer une peine jugée à la mesure de leur gravité : huit ans de prison ferme.
Au-delà du verdict, l’affaire met en lumière les dérives criminelles qui prospèrent sur les réseaux sociaux, où la vulnérabilité sociale peut devenir l’arme des prédateurs.
Abdellah Hanbali
Embauche fictive, piège réel : huit ans de prison pour un prédateur des réseaux sociaux
