Encore une fois, les pelleteuses s’activent à l’embouchure de l’Oum Errabiâ.
Encore une fois, on creuse un chenal que la nature rebouchera dans quelques semaines ou quelques mois.
Et, comme chaque année, les responsables présenteront cette intervention comme une réussite, alors qu’elle illustre avant tout l’échec d’une véritable politique de gestion de cette embouchure.
Le plus révoltant est qu’il aura fallu attendre une catastrophe écologique, avec l’obstruction totale de l’embouchure et ses lourdes conséquences sur l’écosystème, pour voir enfin les engins entrer en action. Une intervention tardive, dictée par l’urgence et non par la prévoyance.
Pourtant, personne ne peut prétendre être surpris. L’ensablement de l’Oum Errabiâ est un phénomène parfaitement connu. Les scientifiques l’expliquent depuis des années, les riverains le vivent à chaque saison et les professionnels de la pêche en subissent régulièrement les conséquences. Malgré cela, rien ne change. On laisse le problème s’aggraver jusqu’à ce qu’il devienne impossible de l’ignorer, avant de dépêcher quelques pelleteuses pour donner l’illusion que l’on maîtrise la situation.
Cette politique du colmatage permanent est coûteuse, inefficace et profondément dépassée. Elle consiste à traiter les symptômes sans jamais s’attaquer aux causes. Et pendant que des millions de dirhams sont engloutis dans des dragages répétitifs, aucune stratégie scientifique durable ne semble voir le jour.
L’embouchure de l’Oum Errabiâ n’est pourtant pas un simple passage d’eau. C’est un écosystème d’une richesse exceptionnelle, un rempart naturel contre les inondations, un espace vital pour la biodiversité, la pêche, le tourisme et toute l’économie locale. La gérer à coups de pelleteuses revient à administrer un antidouleur à un malade dont on refuse de soigner la maladie.
Où sont les études hydrauliques et océanographiques promises ?
Où sont les projets d’aménagement fondés sur l’expertise scientifique ?
Où est la coordination entre les différents départements concernés ?
Autant de questions qui, année après année, restent sans réponse.
L’Oum Errabiâ mérite mieux que cette gestion improvisée. Il mérite un véritable plan national mobilisant chercheurs, ingénieurs, universités, collectivités territoriales et administrations compétentes afin d’élaborer une solution définitive, respectueuse des équilibres naturels.
Car le véritable scandale n’est pas que le sable revienne. C’est que l’on continue de faire semblant de découvrir un problème vieux de plusieurs décennies, en répondant toujours de la même manière.
Jusqu’à quand la politique de la pelleteuse tiendra-t-elle lieu de politique environnementale ?
Jusqu’à quand faudra-t-il attendre une nouvelle catastrophe pour agir ?
Les habitants d’Azemmour, les pêcheurs, les amoureux de l’Oum Errabiâ et tous ceux qui tiennent à ce patrimoine national sont en droit d’exiger autre chose que des solutions de circonstance.
Abdellah Hanbali
Oum Errabiâ : une politique de la pelleteuse qui met en lumière celle de l’échec de l’anticipation
