Chaque été, le même scénario se répète. Comme si rien n’avait été appris, comme si rien ne devait jamais changer. Les cafards envahissent El Jadida, transformant les rues, les trottoirs, les jardins et même les habitations en un immense territoire conquis par l’insalubrité.
Certains diront que cette invasion n’a rien d’étonnant. Elle n’est, après tout, que la conséquence logique des montagnes d’ordures qui défigurent la ville et des égouts laissés sans désinfection à l’approche de la saison estivale. Une fatalité, presque. Mais une fatalité créée de toutes pièces par ceux qui avaient le devoir de l’empêcher.
En attendant que les conseillers communaux et la société chargée de la collecte des déchets se décident enfin à agir, les cafards, eux, n’attendent pas. Aguerris et parfaitement acclimatés, ils ne se contentent plus de ramper discrètement dans les recoins obscurs. Désormais, ils volent, fondent sur les passants, s’invitent sur les terrasses et jusque dans les maisons, plongeant les habitants dans un quotidien devenu insupportable.
Le plus révoltant est que cette situation n’a rien d’imprévisible. La désinfection des égouts avant l’été n’est ni une faveur ni un privilège. C’est une obligation élémentaire envers les citoyens, un service public qui aurait dû être assuré depuis longtemps.
Interrogé sur cette situation, un conseiller communal nous a déclaré :
« Cela fait plus d’une décennie que cette responsabilité a été déléguée à la RADEEJ. La commune n’en assure donc plus directement la gestion. Quant à savoir si cette délégation, tout comme celle de la collecte des déchets, est une réussite, c’est une autre question qui mérite un véritable débat au sein du conseil communal. Les cafards ne sont d’ailleurs pas le seul problème. La prolifération des rats devient elle aussi préoccupante, tout comme le vol répété des regards d’égouts, qui constitue un réel danger pour les automobilistes et les piétons. »
Cette déclaration illustre surtout une réalité devenue trop familière : chacun renvoie la responsabilité à l’autre, tandis que les problèmes, eux, continuent de s’accumuler.
Et pendant ce temps, El Jadida s’enfonce un peu plus dans une lente déchéance. Une ville autrefois admirée pour sa propreté, son élégance et son art de vivre, aujourd’hui prisonnière de l’improvisation, de la négligence et de l’absence de vision.
Les cafards ne sont finalement que le symptôme visible d’un mal bien plus profond : celui d’une ville où le travail bien fait est devenu l’exception, où les responsabilités se diluent et où l’intérêt général semble avoir cédé la place à l’indifférence.
Il est plus que temps que la désinfection des égouts, la collecte rigoureuse des déchets et la lutte contre les nuisibles redeviennent des priorités. Non seulement pour préserver la santé publique, mais aussi pour rendre à El Jadida un peu de la dignité qu’elle semble perdre, été après été, dans un silence devenu assourdissant.
Abdellah Hanbali
