Chronique de Mustapha Jmahri : Si Mohammed Rhribil, une mémoire vivante d’El Jadida

  Si Mohammed Rhribil, ancien d’El Jadida, fait partie de cette génération marocaine des années 1940 qui n'a connu de la vie que le travail. Resté en activité jusqu'à l'âge de 65 ans, il a mené une longue carrière durant laquelle il a côtoyé de nombreuses personnalités d'horizons divers.

    Quand je le rencontre au quartier du Plateau ou au salon de thé Lilya, sur l’avenue Mohamed Rafy, c’est tout un épisode de l'histoire d'El Jadida qui m’est raconté. Cet enfant du quartier historique d'El Kelaa a eu une vie pleine et a notamment participé à de multiples activités locales (lire son témoignage dans mon livre « El Jadida, la revanche des racines » 2021). À l'époque où il était jeune magasinier, travaillant aux côtés de Marcel Perrault pour la vente de pièces détachées, il reçut son précieux passeport au siège de la première province de la ville, installé dans l’ancien Bureau arabe (aujourd’hui Musée de la Résistance).

   Fervent voyageur, il a visité la France en 1966. À cette époque, dit-il, les voyages étaient plus faciles car le système de visas restrictifs n'est venu que bien plus tard. La seule véritable difficulté résidait alors dans l’obtention du passeport. Encouragé par son ami mazaganais Francis Christophe, il prit la route selon l’itinéraire suivant : El Jadida, Casablanca, Tanger, Algésiras, puis le train jusqu’à Hendaye et Lyon, avant de retrouver son ami Francis à la gare Saint-Lazare à Paris.

     Selon la vision de Si Mohammed, la fréquentation d'un même café pendant une trentaine d’années suffit à elle seule à révéler le destin de toute une cité : il n'y a qu'à observer l'évolution des clients pour mesurer le temps qui passe. Tant de visages familiers ont définitivement quitté ce monde, alors qu'on les croisait chaque matin dans leur coin habituel. Le changement est là, visible, et à la longue, on sent qu’on devient un étranger parmi les siens lorsque l'on ne reconnaît plus les nouveaux visages investissant les lieux.

    Le quartier historique d'El-Kelaa, où il est né, a subi les mêmes changements, car ces anciennes figures locales qui en composaient le tissu social si serré ont aujourd'hui disparu en majorité.

    Ses autres souvenirs, professionnels et personnels, ressuscitent une époque de grande mixité culturelle, bien avant que l'exode rural et l'explosion démographique ne viennent diluer l'intimité d'une communauté où chaque habitant avait une histoire. Recueillir la parole de ce retraité actif, resté si jeune d’esprit et de tempérament, est aujourd'hui un précieux acte de sauvegarde.

Jmahrim()yahoo.fr

Légende photo : Si Mohammed Rhribil et Mustapha Jmahri au Plateau

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