La commune de Moulay Abdellah Amghar vient de lancer en urgence le nettoyage et la réhabilitation du lit de l’oued Flifel afin de limiter les risques d’inondation. Une opération indispensable, certes, mais qui soulève une interrogation majeure : pourquoi maintenant ? Pourquoi attendre la dernière minute alors que la menace était connue, identifiée et annoncée depuis des mois ?
Cette décision tardive révèle un mode de gestion basé davantage sur l’improvisation que sur la prévention. Chaque hiver, le même scénario se répète, comme si les pluies étaient un phénomène inattendu. Les élus semblent découvrir, saison après saison, qu’un oued négligé finit par déborder et que les habitants sont les premiers à en subir les conséquences.
Or, l’entretien des cours d’eau et la préparation à la saison des pluies ne relèvent ni du privilège ni du geste exceptionnel. Ce sont des obligations essentielles, au cœur même de la mission publique. Pourtant, ici, certains responsables n’agissent qu’au moment où les nuages s’amoncellent, lorsque les catastrophes frappent ailleurs, comme à Safi dernièrement, ou lorsque la critique enfle et les met au pied du mur.
Le réveil soudain, après des années d’inertie, illustre tristement une logique de gestion réactive plutôt que proactive. Les décisions se prennent dans la précipitation, non par sens du devoir, mais par crainte du scandale ou de l’opinion. On travaille non pour prévenir, mais pour se protéger, et cela seul suffit à résumer les priorités.
La véritable catastrophe se situe d’ailleurs bien avant les crues. Elle réside dans cette incapacité chronique à anticiper, à planifier, et surtout à considérer la sécurité des citoyens comme une urgence permanente, et non comme un dossier saisonnier à traiter sous pression. Car ce n’est pas la pluie qui surprend les élus. Ce sont les élus qui semblent surpris par leur propre négligence.
Aujourd’hui, on nettoie dans la précipitation ce qui aurait dû être entretenu depuis longtemps. On s’agite pour réparer ce qu’il fallait préparer. On adopte des mesures d’urgence faute d’avoir adopté une vision. On agit dans la hâte pour éviter de connaître le destin de Safi et l’épisode d’oued Chaâba.
Si cette commune veut réellement éviter une catastrophe future, elle devra commencer par régler celle, plus grave et plus silencieuse encore, d’une gouvernance qui ne se réveille que sous la pression, et uniquement lorsque le désastre devient imminent.
Abdellah Hanbali
