On l’appelait simplement Baba, par allusion à Vava du Brésil. Un surnom affectueux, presque familial, pour un défenseur qui fut pourtant l’un des plus redoutables arrières centraux du continent africain. Pour toute une génération de Jdidis, Ahmed Magrouh n’était pas seulement un joueur : il était un repère, un modèle, une fierté locale.
Et pour ceux qui ont eu la chance de le voir évoluer sur la terre battue du stade municipal d’El Jadida, son souvenir reste aussi vif que ses interventions défensives étaient nettes.
Comparaison audacieuse, peut-être, mais juste : Baba fut à notre époque ce que Hakimi représente aujourd’hui pour les jeunes supporters marocains. À une différence près, fondamentale, : Baba n’est pas né sous les lumières d’un football mondialisé. Il est issu du cœur d’El Jadida, de Derb Ben Driss, façonné par la simplicité des ruelles, la chaleur populaire et un attachement viscéral au maillot du DHJ.
Ce qui le distinguait, plus encore que son sens du placement, son intelligence du jeu ou l’élégance de ses tacles, c’était son caractère. Baba, c’était la modestie incarnée. Un homme d’une gentillesse presque désarmante, toujours souriant, toujours accessible, toujours reconnaissant envers un public qui l’a adopté comme l’un des siens, parce qu’il était, profondément, l’un des siens.
Il avait connu les grands rendez-vous, les sommets avec le DHJ et la sélection nationale. Mais jamais il n’a quitté le sol. Jamais il n’a oublié d’où il venait. Et c’est cette fidélité, à sa ville, à son club, à son peuple, qui lui a valu un respect qui ne s’est jamais effrité.
Si un jour l’occasion m’avait été offerte de remettre un Ballon d’Or africain, c’est son nom, celui d’Ahmed Magrouh, que j’aurais annoncé.
Par justice.
Par reconnaissance.
Par loyauté envers ce que cet homme représente pour El Jadida et pour tous ceux qui aiment le football avec le cœur avant les statistiques. Car Baba n’est pas seulement une légende sportive. Il est l’une de ces figures qui rappellent qu’un champion peut dominer son époque sans jamais cesser d’être un homme simple, humble et généreux.
Et à lui, aujourd’hui encore, nous pouvons dire sans hésiter :
« Nous t’avons aimé pour ton football. Nous continuons de t’aimer pour l’homme que tu es. »
Abdellah Hanbali
