Voilà bientôt une décennie que le nouveau marché de gros d’El Jadida attend son ouverture. Dix longues années durant lesquelles cette infrastructure moderne، conforme aux normes d’hygiène, pensée pour une circulation fluide, dotée d’équipements à la hauteur des ambitions régionales, demeure obstinément close. Tout est prêt, absolument tout… sauf la volonté d’enclencher enfin l’interrupteur.
Pendant ce temps, les professionnels, eux, continuent de s’entasser dans l’ancien marché, un espace réduit à trois maigres hectares après l’extension de l’hôpital Mohammed V.
Autrefois bâti sur dix hectares, cet équipement vital pour la ville a été littéralement raboté, laissant place à un chaos quotidien : encombrement, insalubrité, conditions de travail indignes. Une scène d’un autre âge.
Et pourtant, ce ne sont pas les gouverneurs qui ont manqué. Depuis l’ère Mouâd Jamiî, pas moins de cinq représentants de l’État se sont succédé à la tête de la province. Cinq gouverneurs, cinq styles, cinq discours… mais un même résultat : rien. À chaque nomination, la même promesse d’une ouverture « imminente ». À chaque fois, la même disparition dans un épais brouillard administratif. Comme si activer un marché flambant neuf relevait de l’exploit national.
Comment expliquer qu’un projet étudié, planifié, financé, construit… se retrouve soudain paralysé par des “embûches” mystérieuses, découvertes après la consommation des deniers publics ?
Où étaient donc les études préalables ? La planification sérieuse ? Le suivi rigoureux ?
Faut-il comprendre que l’on construit d’abord… et que l’on réfléchit ensuite ?
Le plus surréaliste dans cette affaire ? L’entrepreneur en charge des travaux attend toujours d’être payé. Un marché achevé, verrouillé, inutilisé… et un prestataire oublié. On frôle l’absurde.
Il serait temps que certains assument leurs responsabilités. El Jadida n’a pas besoin de gouverneurs passagers, gestionnaires approximatifs de dossiers poussiéreux. Elle a besoin de décideurs audacieux, capables d’affronter les résistances opaques, les lobbys accrochés à leurs privilèges, et de débloquer des projets dont dépend une bonne partie de sa dynamique économique.
Sinon, il faudra nous dire franchement : qu’attend-on exactement ?
Godot ? L’ONU ? Ou peut-être Sa Majesté en personne pour venir couper le ruban ?
Trop, c’est trop. La ville étouffe sous l’inertie. Laisser ce marché fermé plus longtemps, c’est condamner El Jadida à un lent déclin, asphyxiée par ses propres blocages.
Abdellah Hanbali
