C’est en 2024, lors des rencontres sur l’histoire et les archives organisées par la Fondation Chouaib Doukkali à El Jadida, que j’ai eu l’honneur de faire la connaissance de M. Géraud Sajust de Bergues, conseiller d’État. Homme de droit passionné par l’histoire commune du Maroc et de la France, il a particulièrement apprécié mes travaux publiés dans la série des Cahiers d’El Jadida. Nos échanges ont notamment porté sur mes recherches consacrées aux agriculteurs européens dans les Doukkala ainsi que sur le passage de Saint-Exupéry à Boulaouane, créant un lien intellectuel fort.
Profitant d’un séjour privé à Paris en ce jour lumineux du 27 avril 2026, j’ai répondu à l’invitation personnelle de M. Sajust de Bergues pour visiter le Palais-Royal, qui héberge le Conseil d’État. Ce monument historique, marqué par l’empreinte du cardinal de Richelieu, de Louis XIV, de Molière ou de la famille de Napoléon, est un écrin de mémoire. Cette immersion m’a permis de saisir la dualité du lieu, où le faste architectural rencontre la solennité des décisions publiques.
Le Conseil d’État occupe ce site emblématique depuis le 21 novembre 1875, après la destruction du palais d’Orsay durant la Commune. Pour commémorer le 150ème anniversaire de cet emménagement, le Comité d’histoire de l’institution a récemment mis en lumière la transformation de ce lieu. Ce transfert n’était pas qu’une nécessité logistique, mais une véritable adaptation du Conseil à son environnement et à l’évolution de ses missions de justice administrative.
Le Palais-Royal se présente comme un ensemble architectural harmonieux, conçu selon un plan classique en « U » qui s’ouvre sur un jardin de deux hectares. Cet édifice, dont les origines remontent à Richelieu, abrite aujourd’hui trois institutions majeures : le Conseil d’État, le Conseil constitutionnel et le ministère de la Culture. Sa structure est célèbre pour ses galeries couvertes aux 180 arcades — Valois, Montpensier et Beaujolais — qui encadrent les jardins, ainsi que pour sa cour d’honneur où l’art contemporain s’invite avec les célèbres colonnes de Buren, créant un dialogue unique entre l’histoire monarchique et la modernité.
À l’intérieur du Conseil d’État, l’architecture souligne la solennité républicaine à travers des décors somptueux hérités des siècles passés. L’élément central est le monumental escalier d’honneur de Contant d’Ivry, surmonté d’une coupole lumineuse, qui mène aux salons de l’ancien appartement de la duchesse d’Orléans. Parmi les pièces maîtresses, la salle de l’Assemblée générale, ornée de boiseries dorées et de grandes toiles allégoriques, illustre le faste du XIXe siècle, offrant un cadre prestigieux à la haute juridiction administrative pour l’exercice de ses fonctions de conseil et de justice.
Sur le plan institutionnel, le Conseil d’État, créé en 1799, est aujourd’hui la plus haute juridiction administrative française.
