Je n’ai pas eu l’honneur de le connaître, et le destin ne m’a pas permis de croiser son chemin, mais il vit dans les récits qui se transmettent de bouche à oreille parmi ceux qui l’ont connu. Il était mon arrière-grand-père, Abdellah, mais personne ne l’appelait ainsi. Tout le monde l’appelait « Ba Al-Faqir » ; ce n’était pas un simple surnom, mais un état d’être, une signification profonde. Il vivait une vie de renoncement au monde, plongé dans le souvenir d’Allah. Il ne possédait de cette vie que ce dont il avait besoin, mais son cœur était riche d’une richesse que l’œil humain ne saurait percevoir.
« Ba Al-Faqir » était le père de mon grand-père, et le nom de famille « Belfakir » est un hommage à cet homme pieux qui a rempli sa vie de travail vertueux et de souvenir d’Allah. Chaque fois que je pense à ce nom, je ressens comme un lien profond avec cet homme remarquable, dont la sagesse et la simplicité sont devenues un modèle pour nous, dans la manière de vivre, de travailler, d’agir, et de nous comporter avec humilité.
Dans sa maison, qui n’était pas simplement une maison, les gens se réunissaient pour le dhikr selon la tarika Derkaouia et l’écoute spirituelle, pour l’amour d’Allah et la sérénité de l’âme. Il n’y avait pas de portes fermées, pas de conditions, pas d’invitations spéciales. « Tout le monde était le bienvenu » était son credo. Quiconque aimait Allah, ou trouvait son apaisement dans la présence divine, ou voulait suivre la voie des pieux, avait une place dans le cercle de « Ba Al-Faqir ».
Lors des nuits étoilées, quand le tumulte du monde se faisait plus silencieux, sa voix et celle de ses compagnons résonnaient dans l’air :
« Allah Hay, Allah Hay, Baqi Hay, Baqi Hay… »
Leurs paroles s’élevaient, se répétaient, jusqu’à ce que le dhikr devienne plus doux que tout, jusqu’à ce qu’on ressente dans leurs yeux et leurs âmes quelque chose que seuls ceux qui ont goûté à la proximité d’Allah peuvent comprendre. Ils répétaient « Hay » jusqu’à ce que l’on ait l’impression qu’ils allaient se détacher de ce monde, s’absenter de tout sauf d’Allah.
On raconte qu’il n’avait pas peur de la pauvreté, car il voyait la richesse dans la proximité d’Allah. Et on dit qu’il n’enseignait pas par des paroles, mais par son mode de vie. Il n’a pas transmis le soufisme à travers des livres, mais à travers la simplicité, la générosité, le dhikr, et le cheminement sur la voie de ceux qui l’ont précédé dans la connaissance de Dieu.
Ba Al-Faqir est parti, mais son héritage demeure.. Malheureusement pas vraiment chez tous ses descendants… Mais dans les récits qui circulent à son sujet, et dans le dhikr qui continue de remplir les cœurs, je sens qu’il est encore là, sa voix résonnant avec chaque amoureux d’Allah :
« Allah Hay, Allah Hay, Baqi Hay, Baqi Hay… »
Par: Samira Belfakir
