Chronique de Mustapha Jmahri : Le double sillage de Tibari Kahtane

Cette photo, retrouvée dans les archives, m’a rappelé un petit pan du passé. En la contemplant, c’est toute l’atmosphère des années 1960 et les souvenirs de notre cher enseignant qui refont surface.
On y voit Tibari Kahtane, incarnant cette double facette qui le caractérisait : l’homme de lettres et l’amoureux passionné de la mer une fois au large. Casquette vissée sur la tête et regard tourné vers l’horizon, il navigue ici avec cette même assurance qu’il affichait autrefois devant ses élèves. Derrière lui, le pavillon marocain flotte fièrement, rappelant son attachement à son pays.
Cette image en pleine mer fait magnifiquement écho à son passé. Comme le note Mohammed Rhribil dans son témoignage paru dans mon livre « El Jadida, la revanche des racines », publié en 2021, Tibari Kahtane fut parmi les anciens adhérents de l’Association nautique de Mazagan dans les années 1954-1955 – c’est-à-dire au temps du Protectorat -, à côté d’autres passionnés tels que Ahmed Lemfedel, Jean-Claude Fauché, Mostafa Lahlali, Brahim Bennasser, Yves Chalençon, Brahim Tounsi et Clément Arsenal.
Malheureusement, l’histoire de ce grand homme s’est tragiquement interrompue en 2022, lorsque Tibari Kahtane a perdu la vie à la suite d’un accident de la voie publique, laissant le souvenir d’un enseignant dévoué qui aura profondément marqué des générations d’élèves à El Jadida.
Malheureusement, l’histoire de ce cet homme s’est tragiquement interrompue en 2022, lorsque Tibari Kahtane a perdu la vie à la suite d’un accident de la voie publique, laissant le souvenir d’un enseignant dévoué qui aura profondément marqué des générations d’élèves à El Jadida.
En 1962, j’étais élève de Tibari Kahtane à l’école primaire Tahdib de Derb Ghallef, dirigée alors par Haj Mohammed Tazi. Feu Kahtane nous enseignait la langue française, dont il avait un excellent niveau. Il était sévère en classe car il voulait que tous ses élèves maîtrisent la langue française dès leur jeune âge. J’étais en classe avec Moulay Ahmed Harrari, Fouzia Yahyaoui, Malika Belhouari, Kamal Tazi, Bouchaib Nahi, Driss Ameur-Sbai et d’autres élèves.
Un demi-siècle plus tard, j’allais revoir Si Kahtane lorsqu’il m’avait fait la surprise d’assister, un jour, à la cérémonie de signature d’un de mes livres à la librairie Carrefour des Livres à Casablanca, ville où le défunt s’était installé. Moulay Ahmed Harrari y avait également assisté, et ce fut alors des retrouvailles émouvantes avec notre enseignant qu’on avait perdu de vue depuis une cinquantaine d’années. Il n’était pas venu les mains vides : il sortit une pochette et nous montra une photo de classe qu’il avait gardée pendant toutes ces années, et où nous apparaissions tous. C’est bien la preuve qu’il y a des enseignants qui marquent à jamais l’esprit de leurs élèves.
Jmahrim()yahoo.fr

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