Il y avait, dans cette ouverture d’une impasse ( ancienne route à l’entrée d’El-Jadida), près du parc Sondoss, une idée qui avait tout pour plaire. Un petit passage au cœur de la forêt, une invitation à la promenade, au jogging ou aux balades familiales à vélo, dans ce silence rare où la nature semble encore avoir son mot à dire.
Mais les riverains ont vite déchanté.
Car ce ne sont pas seulement les joggeurs et les familles qui ont investi les lieux. Des automobilistes y viennent également, attirés sans doute par le calme, la quiétude et l’isolement de cet espace autrefois préservé.
Et lorsque les moteurs repartent, ils laissent derrière eux une bien triste signature : bouteilles et détritus abandonnés à même le sol, comme si cette forêt pouvait devenir, en quelques gestes négligents, une poubelle à ciel ouvert.
Le spectacle est d’autant plus désolant que la forêt d’Al Haouzia demeure l’un de ces rares endroits où l’on peut encore respirer loin du vacarme et du béton.
Mais au-delà de la saleté, le danger est bien réel.
Il suffit d’un mégot jeté distraitement par un automobiliste, d’une bouteille en verre exposée au soleil ou d’un geste d’inconscience pour qu’un simple passage se transforme en point de départ d’un incendie.
Et alors, ce qui n’était hier qu’une bouteille vide abandonnée dans l’herbe pourrait devenir une forêt en flammes.
La nature, elle, ne sait pas faire la différence entre l’insouciance et la catastrophe. Elle encaisse nos déchets, nos négligences et nos incivilités… jusqu’au jour où elle nous présente la facture.
Préserver la forêt d’Al Haouzia ne demande pourtant ni grands discours ni moyens extraordinaires : simplement un peu de civisme, et le respect d’un lieu qui appartient à tous.
Abdellah Hanbali
Forêt d’Al Haouzia : quand l’incivisme menace un écrin de verdure

L’incivisme ! L’irresponsabilité des citoyens ! A mi-mot, les membres de la communauté des Français qui résident à El Jadida diront : « Ah, les Marocains ! Pas citoyens pour deux sous ! » Pourtant, à la lumière de ce que j’ai vécu cet été en France, à Biscarrosse dans les Landes, où un important incendie a ravagé la forêt et détruit quelque 200 maisons, je comprends que l’incivilité a gagné tous les populations qui semblent penser que la nature suffira à réparer leurs négligences… Après les incendies, me promenant dans le magnifique parc qui jouxte la résidence où je séjourne, j’ai pu constater un nombre incroyable de mégots jetés dan les pelouses, au pieds des résineux séculaires. J’ai même été le témoin d’une bonne Française « pur jus » comme certains auraient pu la caractériser, jeter son mégot pas même éteint devant moi ! Et ce n’était qu’au lendemain de l’incendie qui a mobilisé pendant plus d’une semaine 600 pompiers et des moyens techniques importants ! Comme quoi, la citoyenneté et l’instruction sont à repenser… Dans cette magnifique forêt de Haouzia, que je fréquente avec mes ammis marcheurs au moins une fois par semaine, c’est une désolation, une véritable poubelle… Dommage : les jdidis ont là une belle nature, une nature à protéger…
Moi quand je marche je lève la tête également et si effectivement la forêt de Haouzia est mal en point la responsabilité n’est pas dû exclusivement aux déchets laissés par des individus peu soucieux de l’environnement.La forêt de Haouzia a contracté plusieurs maladies répertoriées et le dérèglement climatique n’y est pas étranger.
Cette forêt située sur la bande côtière à l’entrée de la ville d’El Jadida au Maroc, subit une dégradation préoccupante marquée par un dépérissement en série de ses eucalyptus.
Les principales maladies et ravageurs de l’eucalyptus au Maroc
Bien que le diagnostic précis sur le terrain nécessite des analyses phytosanitaires de l’Agence Nationale des Eaux et Forêts (ANEF), les plantations d’eucalyptus de la région sont historiquement et actuellement vulnérables à deux menaces majeures :
Le Phoracantha (Phoracantha semipunctata) : Ce coléoptère foreur de bois xylophage est le principal fléau des eucalyptus au Maroc. Les larves creusent des galeries sous l’écorce, coupant la circulation de la sève, ce qui entraîne le dessèchement des branches puis la mort rapide de l’arbre.
Le Psylle de l’eucalyptus (Glycaspis brimblecombei) : Cet insecte piqueur-suceur se nourrit de la sève des feuilles en sécrétant un miellat protecteur (la gomme). Une forte infestation provoque la chute massive des feuilles (défoliation), affaiblissant considérablement l’arbre.
Elle est largement amplifiée par un stress environnemental sévère qui fragilise les arbres et les rend incapables de se défendre :
Le stress hydrique profond : La succession d’années de sécheresse intense au Maroc prive les arbres d’eau. Un eucalyptus en bonne santé peut repousser les attaques de parasites en produisant de la résine ou de la sève, mais un arbre assoiffé devient une proie facile.
La salinisation de la nappe phréatique : La surexploitation des ressources en eau et la proximité avec l’océan provoquent une avancée biseautée du sel dans la nappe, brûlant les racines des arbres de cette forêt côtière.
Face au dépérissement avancé de certaines parcelles (souvent caractérisé par des houppiers totalement morts et des troncs dégradés), les autorités forestières procèdent parfois à des opérations de coupes sanitaires ou d’abattage de sauvetage pour éliminer les foyers de parasites et préparer le reboisement avec des sujets plus résistants.
Le reboisement de la forêt de Haouzia et, plus largement, des massifs d’eucalyptus de la province d’El Jadida, suit un protocole strict dicté par la stratégie nationale « Forêts du Maroc 2020-2030 » portée par l’ANEF. L’objectif est de remplacer les peuplements condamnés par la maladie par des arbres plus résilients.
Le plan de reboisement s’articule autour de quatre grandes étapes :
La phase d’assainissement (Coupe de sauvetage)
Avant de replanter, il est obligatoire de nettoyer les parcelles atteintes pour éradiquer les foyers de parasites (comme le Phoracantha).
Abattage des arbres morts : Les eucalyptus en état de dépérissement irréversible sont coupés.
Dessouchage sélectif : Dans le cas d’anciennes parcelles d’eucalyptus en fin de cycle, les souches sont extraites pour libérer le sol et casser le cycle de reproduction des insectes xylophages dans le bois mort.
Le choix de nouvelles essences (Diversification)
La grande nouveauté des programmes de l’ANEF réside dans l’abandon de la monoculture de l’eucalyptus classique. Face au changement climatique, les forestiers introduisent des espèces mieux adaptées à la sécheresse et à la salinité côtière : [4, 5]
Eucalyptus clonaux sélectionnés : Utilisation de variétés clonales d’eucalyptus scientifiquement sélectionnées pour leur forte résistance au stress hydrique et aux ravageurs.
Résineux et espèces d’accompagnement : Introduction progressive du Pin pignon, du Pin d’Alep, ou d’Acacias, qui fixent mieux les dunes littorales sans consommer autant d’eau souterraine.Maintien du mimosas et arbustes locaux : Pour reconstituer la biodiversité d’origine de Haouzia et recréer un écran contre l’érosion éolienne.
La préparation et le travail du sol
Un broyage de la végétation résiduelle est effectué pour nettoyer la parcelle.
Le sol subit un sous-solage (décompactage en profondeur) pour faciliter la pénétration des racines des jeunes plants vers les couches humides non salines.
Les plants installés sont issus de pépinières modernes, souvent élevés en godets pour garantir un taux de réussite optimal lors de la plantation à l’automne.
La protection et la mise en défense
Pour garantir l’avenir de la nouvelle forêt, l’intervention humaine ne s’arrête pas à la plantation :
Mise en défense: Les jeunes parcelles sont clôturées et interdites au pâturage pendant plusieurs années pour éviter que le bétail ne piétine ou ne mange les jeunes pousses.
Suivi sylvicole : Des dégagements réguliers de la végétation concurrente et des arrosages de secours peuvent être programmés durant les deux premiers étés pour maximiser le taux de reprise des plants.
« Forêts du Maroc 2020-2030 » portée par l’ANEF:à suivre