Autisme, avec M’hammed Sajidi : vingt-cinq ans de combat contre le silence, vingt-cinq ans d’espoir…À El Jadida, la solidarité fait encore défaut

Il y a des combats qui ne font pas de bruit, des douleurs qui se cachent derrière les portes closes et des parents qui, chaque matin, avancent avec la même interrogation au fond du cœur : quel avenir pour leur enfant ?

Originaire d’El Jadida, M’hammed Sajidi a choisi de transformer une épreuve personnelle en un combat de longue haleine. Père d’un enfant autiste, il consacre depuis vingt-cinq ans son énergie à faire sortir l’autisme du silence, à défendre les droits des personnes concernées et à soutenir leurs familles.

Le 6 mars 2001, il crée en France l’association « Léa pour Samy », qui deviendra par la suite « Vaincre l’Autisme », en France puis au Maroc. Cette mobilisation donnera notamment naissance au projet Futuroschool, un modèle d’accompagnement éducatif adapté aux enfants autistes. À El Jadida, l’association dispose d’un ancrage au 35, avenue Mohammed-V.

Au début des années 2000, l’autisme demeure largement méconnu au Maroc. Les familles se heurtent aux préjugés, à l’incompréhension et au manque de structures adaptées. Depuis, des actions de sensibilisation ont contribué à faire évoluer les regards. Mais entre les avancées enregistrées et les besoins réels des familles, le chemin reste long.
Aujourd’hui, M’hammed Sajidi attire particulièrement l’attention sur la situation des familles à El Jadida, où le manque de solidarité et les initiatives dispersées compliquent, selon lui, la mobilisation autour de cette cause.
Le diagnostic de l’autisme peut bouleverser une famille. Face aux inquiétudes et au regard des autres, certains parents se replient sur eux-mêmes, tandis que d’autres pensent pouvoir trouver seuls les réponses et les solutions adaptées à leur enfant.
Chacun finit alors par mener son propre combat, avec ses méthodes, ses convictions et ses espoirs.
Pourtant, l’expérience des uns pourrait éclairer le chemin des autres. Une parole bienveillante, une information fiable ou un conseil partagé peuvent parfois alléger le poids d’une épreuve.
L’autisme ne devrait être ni une compétition entre parents ni un terrain de rivalités associatives. Il doit devenir une cause collective. Car aucun parent, aussi courageux soit-il, ne peut tout savoir, tout comprendre ni tout porter seul. La solidarité suppose de dépasser les susceptibilités et les divergences pour placer l’intérêt de l’enfant au-dessus de toute autre considération.

Pour M’hammed Sajidi, créer des classes ou ouvrir des structures avec les meilleures intentions ne garantit pas, à lui seul, un accompagnement de qualité.
La prise en charge nécessite des professionnels qualifiés, des interventions adaptées aux besoins de chaque enfant, des objectifs précis et un suivi rigoureux. Les familles ont également besoin d’informations fiables et d’un accompagnement qui ne dépende pas uniquement de leurs moyens financiers.

L’Organisation mondiale de la santé reconnaît le trouble du spectre de l’autisme comme une condition du neurodéveloppement. Chaque personne présente un profil particulier, avec ses capacités, ses difficultés et ses besoins. Il n’existe donc ni solution miracle ni méthode universelle.
Un accompagnement précoce, individualisé et fondé sur les connaissances scientifiques peut favoriser les apprentissages, l’autonomie et la qualité de vie.
Au-delà des structures, l’enjeu est de garantir la qualité des interventions, l’inclusion scolaire et le respect des droits des personnes autistes.
L’autisme est une question de santé publique, d’éducation et de justice sociale. La solidarité des familles est essentielle, mais elle ne saurait remplacer la responsabilité des pouvoirs publics.

À El Jadida, le défi consiste désormais à transformer les initiatives isolées en une véritable dynamique collective. Les associations, les parents, les professionnels et les institutions doivent apprendre à travailler ensemble, dans un esprit de coopération et de transparence.
Alors, pourquoi ne pas faire de cette cause un véritable projet de solidarité locale ?
Une ville où les familles pourraient partager leurs expériences, où les associations uniraient leurs efforts, où les écoles seraient mieux préparées à accueillir les enfants autistes et où les responsables publics assumeraient pleinement leurs engagements. Ce serait une victoire autrement plus précieuse que les querelles et les rivalités : celle d’une communauté qui refuse de laisser les plus vulnérables au bord du chemin.

Vingt-cinq ans après ses premiers pas, le combat de M’hammed Sajidi rappelle que les grandes causes naissent parfois d’une blessure intime, mais ne prennent tout leur sens que lorsqu’elles deviennent collectives.
Il reste des familles en quête de réponses, des enfants qui ont besoin d’un accompagnement adapté et des parents qui s’interrogent, souvent en silence, sur l’avenir de leurs enfants.

Derrière chaque diagnostic, il y a une personne, une dignité et un avenir. Derrière chaque famille, une lutte faite d’inquiétudes, de sacrifices et d’espoirs.
À El Jadida comme ailleurs au Maroc, il est temps de comprendre que la solidarité n’est ni un luxe ni un simple slogan. Elle est une responsabilité collective.

Vingt-cinq ans pour briser le silence. Il ne faudrait pas vingt-cinq années de plus pour apprendre à nous tenir la main.

Abdellah Hanbali

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