Jilali Hassani, le roc du DHJ par Mustapha Jmahri

L’actualité culturelle d’El Jadida a été marquée, le samedi 26 juillet 2026, par l’hommage rendu au footballeur Jilali Hassani au Théâtre Afifi. À cette occasion, l’auteur Mohammed Rebbouh a présenté son nouvel ouvrage, un recueil de plusieurs contributions retraçant le parcours exceptionnel de ce défenseur de légende du Difaâ Hassani El Jadidi (DHJ) durant les décennies 1970 et 1980. Mustapha Jmahri, auteur-éditeur des Cahiers d’El Jadida, a pris part à cet hommage à travers un texte-témoignage en langue arabe.
En voici la traduction.


Le parcours footballistique du joueur jdidi Jilali Hassani a débuté sur les terrains de la Maison des Jeunes d’El Jadida en 1965. Il y a gravi les échelons au sein des catégories de jeunes, puis des juniors, avant de rejoindre officiellement l’équipe première du Difaâ Hassani El Jadidi (DHJ) en 1969.
Hassani Jilali a passé de longues années au sein de l’équipe, dont 12 ans en tant qu’élément incontournable de la formation officielle. Durant cette période, il a incarné une fidélité rare au maillot doukkali, s’imposant comme l’un des piliers indispensables à une époque où le football marocain était à son apogée.
Jilali constituait un point d’ancrage central pour le célèbre entraîneur hongrois Paul Orosz, qui le considérait comme son joueur favori et comptait énormément sur lui pour appliquer ses schémas tactiques. Notre star a commencé sa carrière au poste d’arrière gauche en 1969. Cependant, l’ingéniosité d’Orosz l’a amené à changer de poste en 1970 pour devenir défenseur central. C’est à ce poste qu’il a brillé par une intelligence défensive hors pair, et il y est resté jusqu’à sa retraite sportive en 1980. Au cours de cette longue période, il a côtoyé plusieurs dirigeants emblématiques du club, tels que El Yazid Chergui, Ibrahim Toufiq et Driss Chakiri.
Jilali a vécu les périodes les plus fastes du Difaâ El Jadidi au sein de la génération dorée des années soixante-dix. Il a partagé les vestiaires avec des légendes du football doukkali, à la tête desquelles Mustapha Fetoui (Chicha), Ahmed Magrouh (Baba), Sbania, Ouazir, Krimou et Mustapha Yaghcha.
L’équipe proposait alors un football de haut niveau, qui s’est couronné par l’accession à la célèbre finale de la Coupe du Trône en 1977. Cette rencontre reste un immense regret dans le cœur de Jilali Hassani, qui la qualifie de « match choc qui n’a pas tourné en faveur de l’équipe du Difaâ, et s’est déroulé dans des conditions non sportives qui ont brisé les espoirs et le dévouement d’une génération unique ».
Pour ce joueur, la pratique du football n’était pas un métier pour gagner sa vie, mais plutôt une question d’honneur pour sa ville et sa patrie. Il se plaisait d’ailleurs à répéter : « Nous jouions pour le drapeau, pas pour l’argent ». Le sens des responsabilités vis-à-vis du public jdidi atteignait son paroxysme en cas de défaite, à tel point que les joueurs avaient alors honte de sortir en ville pour rencontrer les supporters, par profond respect pour l’immense confiance et l’amour que leur témoignaient les habitants d’El Jadida.
Dans ses entretiens avec la presse, Jilali Hassani n’oublie jamais de saluer ses compagnons de route, considérant notamment Ben Ahmed El Abdi comme un immense gardien de but ayant contribué au rayonnement du club pendant de longues années. Malgré l’obtention d’un diplôme sportif en 1995, sa relation avec son club a connu une forme de lassitude mêlée d’amertume. Il exprime son mécontentement face au manque de reconnaissance à son égard lorsqu’on l’a empêché, un jour, d’accéder au stade, une situation qui l’a poussé à prendre la décision de s’éloigner définitivement des gradins.
Jilali Hassani demeure l’un des symboles de la belle époque, témoin d’une ère où le DHJ intimidait ses adversaires par la beauté de son jeu et la puissance de sa formation.
L’histoire de ce joueur résume à elle seule l’époque des sacrifices, où le sport était une valeur morale, une fidélité à la ville, et où le public était le premier moteur sur le rectangle vert.
Au-delà de son riche parcours sportif, j’ai eu la chance de côtoyer Jilali de près dans un cadre professionnel, lorsque nous travaillions ensemble au sein d’un établissement public d’El Jadida. Il était le modèle même de l’employé exemplaire, une personne douce et pacifique. Sa notoriété ne l’a jamais poussé à chercher le devant de la scène ou à courir après les projecteurs, il préférait au contraire travailler dans une grande humilité, fuyant les conflits et préservant la dignité et la sagesse qui l’ont caractérisé tant comme joueur de renom que comme citoyen dévoué à sa ville et à sa patrie.
(témoignage de Mustapha Jmahri traduit par M.B)

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