Il serait injuste de réduire le bilan de Faouzi Lekjaâ à une seule critique. Depuis son arrivée à la tête du football national, beaucoup de réalisations ont vu le jour, des chantiers ont été ouverts et des avancées indéniables ont été enregistrées. Mais il reste une grande ombre au tableau, une blessure qui peine à cicatriser : l’incapacité, jusqu’à présent, à hisser véritablement le niveau de notre championnat national.
Le constat est amer. Match après match, la Botola Pro peine à offrir ce que le football est censé apporter : de l’émotion, du spectacle, de la passion. Sur le terrain, trop de joueurs donnent parfois l’impression d’être de simples exécutants, des « عطاشة » du ballon, travaillant à la tâche sans cette étincelle qui transforme un match en moment de fête. Le niveau technique reste souvent en deçà des attentes, les rencontres manquent de rythme, et les tribunes se vident lentement, comme si une partie du public avait perdu le goût d’y croire.
Le paradoxe est saisissant. D’un côté, une équipe nationale qui rayonne, construite en grande partie avec des joueurs issus de centres de formation exigeants, de structures rigoureuses et d’environnements compétitifs. De l’autre, une compétition locale dite professionnelle, mais qui cherche encore son identité, son modèle économique et surtout son souffle sportif.
Une Botola qui continue, pour beaucoup de clubs, à dépendre largement des financements publics et des ressources nationales, sans parvenir à franchir le cap d’un véritable professionnalisme autonome, capable de vivre par ses propres moyens, comme les grands championnats qui ont su bâtir leur réussite sur la formation, la qualité du spectacle et l’adhésion populaire.
Alors, oui, Faouzi Lekjaâ a accompli de belles choses. Mais l’attente demeure sur l’essentiel : redonner à notre championnat une âme, une intensité, une beauté. Car un football sans spectacle finit par perdre son public, et un supporter qui ne vibre plus finit, un jour ou l’autre, par détourner le regard.
Derrière les scores, les classements et les trophées, il reste cette question lancinante : à quoi sert un championnat si le cœur n’y bat plus ?
Abdellah Hanbali
