Mustapha JMAHRI
Cinquante ans après notre première rencontre dans le Casablanca des années 1970, il m’était impossible de ne pas rendre visite au journaliste Hassan Kacimi Alaoui, hospitalisé à l'Hôpital universitaire Mohammed VI de Bouskoura. Une photo reçue par l'intermédiaire de notre ami commun Mustapha Abouibadallah, ancien chef du service sportif du Matin, a fait resurgir ce passé commun.
Ces retrouvailles tardives viennent sceller une fidélité de confrère, mais aussi de lecteur : il m’a encouragé à persévérer dans ma série « Les Cahiers d’El Jadida ». Sa chambre d’hôpital, d’ailleurs, était pleine d’ouvrages et de revues à côté de son ordinateur. Quelles que soient les circonstances, la lecture l’emporte : il reste profondément connecté au monde.
C’est au milieu des années 1970 que mon chemin a croisé pour la première fois celui d’Hassan Kacimi Alaoui, à une époque charnière où le paysage médiatique casablancais bouillonnait d’énergie. Venant du siège de la RTM à Rabat, je faisais alors mes premières armes comme jeune reporter à la station régionale de la RTM d’Aïn Chock, sous la direction du vétéran Mohammed Majdouli. De son côté, Hassan Alaoui arrivait de France, fraîchement diplômé de l’École supérieure de journalisme de Lille et fort d’un passage formateur au quotidien « Le Monde ». Il venait de rejoindre la rédaction du journal « Le Matin », située sur l’avenue Mohammed V.
Bien que nous n’ayons pas partagé ni les mêmes parcours ni les mêmes locaux, la passion commune du terrain nous réunissait régulièrement. C’est au gré des reportages, des colloques et des visites officielles que nos routes se croisaient, transformant les moments d’attente en riches espaces de discussion. Ces échanges informels avec ce grand artisan de la presse, d’une vaste culture, étaient pour moi de véritables leçons de journalisme.
À la fin de l’année 1976, j’ai quitté Casablanca pour exercer dans un autre établissement à El Jadida. Malgré cet éloignement du terrain casablancais, je suis resté un lecteur assidu de ses analyses, scrutant régulièrement ses chroniques qui étaient alors très suivis par les lecteurs du quotidien « Le Matin ». Plus tard, c’est tout naturellement dans les colonnes de Maroc Diplomatique que j’ai retrouvé sa signature, illustrant au fil des numéros sa continuité.
C’est lors d’un séjour en France, en 2019, que le nom d’Hassan Kacimi Alaoui a de nouveau résonné dans mon parcours, cette fois par la voix du sociologue Mohammed Benhlal, le préfacier de mon livre « Rencontres franco-marocaines ». Cet éminent chercheur de l’IREMAM, fin connaisseur des élites marocaines et auteur d’un ouvrage de référence sur le Collège d’Azrou – qui n’est autre que la ville natale d’Hassan Alaoui -, m’avait alors parlé de lui en insistant sur sa compétence journalistique et la finesse de sa plume.
Un éditorialiste engagé
Natif d’Azrou, Hassan Alaoui Kacimi se passionne pour le journalisme dès sa prime jeunesse avant de s’envoler pour la France afin d’y suivre sa formation. Diplômé de la prestigieuse École supérieure de journalisme (ESJ) de Lille en 1975, il forge ses premières armes au sein du quotidien français « Le Monde », d’abord comme stagiaire puis en tant que journaliste. Cette expérience internationale et ses lectures constantes lui permettent de développer une vaste culture générale ainsi qu’un style rédactionnel raffiné qui marqueront durablement sa carrière au Maroc.
Dès son retour au Royaume, il s’impose comme une figure de proue du paysage médiatique national en tant que journaliste au Matin, avant de devenir le rédacteur en chef du quotidien « Maroc Soir » entre 1976 et 1979. Son parcours le mène ensuite à diriger pendant de longues années les rédactions de ces deux titres généralistes, où il officie également comme un éditorialiste. En 2008, alors qu’il occupe le poste de directeur délégué de la publication du journal « Le Matin », il cumule déjà plus de 33 ans d’une riche carrière entièrement dédiée à l’information.
Surnommé le « Professeur » par ses confrères, Hassan Alaoui Kacimi est reconnu pour son sens inné du verbe. Ses anciens collègues, à l’image de Mustapha Abouibadallah, saluent en lui un homme de lettres, capable de traiter les sujets les plus complexes avec une fluidité parfaite. Homme affable, il a laissé l’empreinte indélébile d’un mentor aguerri dans toutes les rédactions qu’il a traversées.
Auteur de l’ouvrage « Guerre secrète au Sahara occidental » (Paris, 2010), il met son expertise au service du décryptage de l’actualité politique nationale, régionale et internationale. En 2015, il fonde à Casablanca le mensuel « Maroc Diplomatique » dont il est l’actuel directeur de la publication, tout en collaborant ponctuellement avec le think tank Policy Center for the New South. À travers ses écrits et ses interventions médiatiques, il demeure une voix respectée pour la défense de la cause nationale et l’analyse des grands enjeux mondiaux.
