À chaque épisode pluvieux, le même rituel s’installe : communiqués triomphalistes, soupirs de soulagement, discours rassurants. Et puis, très vite, l’oubli. Comme si la pluie était une faveur divine ponctuelle, et non une ressource stratégique à gouverner avec lucidité et courage politique. Les récentes précipitations dans la région des Doukkala n’échappent pas à cette mise en scène récurrente, révélant une fois de plus l’indigence intellectuelle et l’impréparation chronique de pseudo-responsables incapables de penser le long terme.
Le Maroc est un pays semi-désertique. Cette vérité géographique n’est ni nouvelle ni discutable. Notre climat obéit à des cycles connus : des phases d’abondance relative, des périodes intermédiaires, puis des sécheresses parfois longues et sévères. Faire semblant de la découvrir à chaque crise hydrique relève soit de l’ignorance, soit du mensonge politique.
Ce qui est en cause aujourd’hui, ce n’est pas le manque de pluie, mais le manque de vision. Des milliards de mètres cubes d’eau continuent de finir en mer, pendant que des barrages peinent à atteindre des seuils de remplissage acceptables, que des nappes phréatiques s’effondrent et que le monde rural paie le prix d’une gestion erratique. Cette situation n’est pas une fatalité climatique, mais le résultat direct de décennies de décisions timorées, fragmentées et sans ambition.
Dans un pays soumis à un stress hydrique structurel, chaque goutte de pluie devrait être captée, stockée, transférée et valorisée. Cela suppose une rupture claire avec les politiques de colmatage et l’adoption d’un projet national de transferts hydrauliques, fondé sur un réseau de canalisations reliant les bassins excédentaires aux barrages déficitaires, aujourd’hui à moitié vides, voire en dessous de seuils critiques.
Un tel choix politique ne relèverait pas du luxe, mais de la survie. Il permettrait non seulement de sécuriser l’approvisionnement en eau potable et agricole, mais aussi de réduire l’ampleur des inondations récurrentes qui frappent certaines régions, causant pertes humaines, dégâts matériels et désorganisation économique. Là où l’État devrait prévenir, il se contente encore trop souvent de réparer, dans l’urgence et à grands frais.
La région des Doukkala, aujourd’hui reverdie par la pluie, illustre parfaitement ce paradoxe marocain : une nature qui donne par intermittence, et un système qui n’a toujours pas appris à recevoir intelligemment. Continuer sur cette voie, c’est accepter que les cycles de sécheresse à venir soient encore plus violents, plus coûteux et socialement explosifs.
La question de l’eau n’est ni technique ni conjoncturelle. Elle est fondamentalement politique. Elle exige du courage, de la cohérence et une vision nationale assumée. À défaut, les pluies continueront de tomber… et l’irresponsabilité de ruisseler.
Abdellah Hanbali
