Le projet de la nouvelle gare routière d’El Jadida, attendu depuis plusieurs années, est devenu, avec les deboires que connait la delocalisation du marché de gros, l’illustration parfaite d’une gestion hésitante, opaque et affligeante. Lancé en janvier 2019, il devait être livré en juin 2020 selon un cahier des charges clair, fixant un délai de 18 mois. Pourtant, presque sept ans plus tard, le chantier est achevé… mais toujours pas livré.
Un bâtiment debout, mais un projet au point mort. Une gare prête, mais condamnée au silence. Une ville qui attend, mais des responsables qui s’embourbent.
Un flou incompréhensible, pour ne pas dire inquiétant, continue de planer sur cette affaire. Aucune communication officielle, aucune mise au point transparente, seulement des bribes d’informations évoquant une non-conformité des ouvrages aux plans initiaux. Et, comme à chaque fois qu’une incapacité administrative devient trop visible, ce sont les rumeurs qui prennent le relais : « ouverture imminente », « dernier arbitrage », « simples formalités avant l’ouverture»… On connaît la chanson. Et pourtant, rien. Rien que l’immobilisme.
Pendant ce temps, l’opinion publique qui suit ce dossier de très près, est fatiguée de patienter, lassée d’être tenue à distance de la vérité. Les Jdidis veulent comprendre ce qui bloque réellement l’ouverture d’un équipement essentiel, qui permettrait pourtant de désengorger le centre-ville et de mettre fin au chaos quotidien des autocars et des taxis s’entassant dans l’actuelle gare, exiguë, vétuste et dépassée.
Il faut rappeler que cette gare devait être réalisée dans le cadre d’une transaction entre la Commune et un promoteur : à lui la construction sur un terrain de 1,6 hectare, à proximité de la gare ferroviaire ; en contrepartie, la Commune lui cédait un terrain de 4 hectares initialement prévu pour ce projet, à l’angle du boulevard des Facultés et de Jabrane Khalil Jabrane.
Un échange déséquilibré, contesté dès le départ, qui laissait présager que le projet était boiteux bien avant même d’être lancé.
Alors, comment expliquer six années de blocage ? Comment justifier qu’un projet aussi stratégique, financé par l’argent public et validé par une chaîne d’élus, de présidents de conseils communaux et de gouverneurs successifs, puisse rester dans l’ombre sans qu’aucun responsable ne rende de comptes ?
Pourquoi avoir donné le feu vert à l’entame des travaux, si personne n’était capable de suivre, contrôler, livrer ou, simplement, assumer ?
La question n’est plus seulement technique. Elle est politique, institutionnelle et morale.
Elle révèle le niveau de médiocrité professionnelle, de superficialité dans la gestion, et surtout, l’incapacité chronique de ceux qui se succèdent à la tête d’El Jadida à impulser la moindre dynamique ou à mener un projet public à son terme.
Trop, c’est trop. Les citoyens ont le droit, et surtout le devoir, de demander des comptes. Ils ont le droit de savoir pourquoi la nouvelle gare routière est devenue une énigme, sans oublier le marche de gros qui tarde à ouvrir ses portes depuis une decennie. Ils ont le droit d’exiger la vérité, loin des silences complices et des promesses creuses. Et ils ont surtout le droit de réclamer que l’on mette fin à cette culture du bricolage institutionnel qui fait stagner la ville depuis trop longtemps. Car au fond, la vraie question est simple :
Si nos responsables ne sont pas capables d’ouvrir une gare déjà terminée, à quoi sont-ils capables au juste ?
Abdellah Hanbali
