Si l’on en croit les anciens chroniqueurs, déjà au XVIe siècle le territoire d’El Jadida s’étendant au nord en direction de Haouzia et au sud vers Moulay Abdellah, Jorf Lasfar et sebt Douib était une étendue couverte de forêts, de broussailles, de palmiers-nains, de champs de vigne et autres plantes agrestes. Très fertile en cultures et en vergers, le territoire était aussi riche en gibier.
En ce temps-là, en dehors de la Cité portugaise de Mazagan, il y avait de grandes melonnières, beaucoup de jardins potagers et d’enclos. Nombre d’entre eux avaient mille pieds de vigne comprenant d’énormes treilles, et des arbres divers dont la grandeur était remarquable.
Au XIXe siècle, cette organisation du finage mazaganais n’avait certainement pas beaucoup changé. Et au début du XXe siècle, l’espace de la ville était, en grande partie, constitué de terrains hérissés, de jnanes (domaines agricoles) et de petites fermes appartenant à des Marocains ou à des étrangers aisés. Il y avait aussi quelques riads et de rares jardins suspendus comme celui qui se trouvait dans l’ex-maison de l’écrivain Driss Chraïbi dans la Cité portugaise. Au-dessus de la citerne, il y avait un petit jardin donnant sur l’arrière. Là, selon Elie Acoca, un ancien de Mazagan, se trouvait une sorte de petite ouverture avec un grillage qui préservait la citerne des chutes de feuilles ou autres détritus.
Historiquement, jusqu’en 1960, les habitants de la cité pouvaient contempler la mer de chaque côté de la ville tant la vue était dégagée dans tous ses alentours. La physionomie de la cité, en dehors du port et de la cité portugaise, ressemblait davantage à un gros bourg rural. La ville, même dans son centre, regorgeait de petites fermes appelées sania. Dotées d’un puits dont l’eau était remontée par un système de norias. Parmi les plus anciennes, on pourrait citer saniat Bellabaria, saniat Belabdaoui, saniat ould Belatar, saniat Benhamou et saniat Berrada.
La végétation locale constituée d’arbres, d’arbustes et de plantes sauvages (vipérines, soucis, glaïeuls sauvages, asperges sauvages, cristes-marines, etc.) se suffisait d’une faible pluviométrie et supportait la chaleur. Le henné, plante tinctoriale poussait dans les champs du quartier Sidi Moussa.
Parmi la diversité des arbres, les plus répandus étaient le caroubier, le figuier et le grenadier. Le figuier était presque partout dans le paysage. Le jujubier poussait à foison dans les zones proches de la ville. Le cactus y était également très présent. Quant à l’agave, appelé localement Sabra, plante mythique d’El Jadida, elle a presque disparu dans le tissu urbain mais reste encore visible en dehors de la ville. De la famille des Agavacées, dite americana, cette plante a une croissance lente et forme une rosette de feuilles épaisses se terminant par une pointe acérée.
Au sortir d’El Jadida, le long de la côte maritime de l’Oulja, le paysage était occupé par une nature vierge, à l´abri des cordons de dunes, bien fournie en acacias et mimosas. L’entrée nord de la ville se distinguait notamment par sa verdure donnant sur l’Océan atlantique, la petite forêt de Haouzia créée par les autorités françaises.
L’aménagement moderne de la ville commença avec le Protectorat français à partir de 1912. Ainsi les avenues, les parcs et les jardins des villas furent plantés d’espèces importées : eucalyptus d’Australie, araucaria, palmier des Canaries, lagunaria, laurier, pin sylvestre, cyprès, mûrier blanc (localement Toute), faux poivrier, ficus et dragonnier.
L’araucaria de Norfolk fut introduit à El Jadida au début du XXe siècle. Cet arbre de grande longévité et de haute taille, enorgueillit les parcs Mohammed V, Hassan II, l’hôtel Marhaba, la petite forêt de Haouzia ainsi que certaines places et villas bâties par les Européens. Dans les quelques jardins de particuliers, la taille de l’araucaria dépasse de loin la taille du bâti. C’est un arbre qui a une grande tolérance au sel et au vent et donc il est adapté au climat de la ville. Ses branches sont disposées en étages horizontaux réguliers. Ses feuilles sont denses et fines.
L’eucalyptus est présent dans les jardins publics, dans la petite forêt de Haouzia et en bordure des routes vers Azemmour, Moulay Abdellah et Marrakech. Depuis ces dernières années, cet arbre a beaucoup décliné en bordure des routes du fait de la sècheresse, de l’agrandissement des voies et de la pollution provoquée par une circulation importante de véhicules à moteur.
Malheureusement, la petite forêt de Haouzia, qui se situe le long de la bande côtière, est en grande souffrance. Elle est constituée notamment d’eucalyptus, de pins, de mimosas, d’acacias, de plantes épineuses, de quelques araucarias et de nombreux arbres morts qui n’ont jamais été remplacés. Le manque d’entretien de cette zone forestière risque d’entraîner sa disparition à court terme.
Le Phoenix, ce palmier qui orne les jardins et les avenues de la ville est une variété stérile originaire des Canaries. C’est un arbre résistant au vent et au sel. Le palmier décoratif Washingtonia, est aussi présent dans les principales avenues dont l’avenue Nabeul, face à la plage.
Les jardins publics modernes ont commencé à voir le jour notamment à partir de 1916. Certains jardins privés ont été déclarés d’utilité publique. La première pépinière municipale fut un jardin privé appartenant à un Autrichien nommé Keller qui avait été mis sous séquestre lors de la Première Guerre mondiale. Des arbres parmi les plus âgés de la ville se trouvent dans ce jardin.
Au nord-ouest de la ville, le jardin de la place Abdelkrim El-Khattabi (ex-place Gallieni) à proximité de la médina, est le premier jardin public moderne d’El Jadida. Avant 1916, ce n’était encore qu’un terrain d’aspect rural avec broussailles et des agaves d’Amérique. Après son aménagement, il fut doté d’une grande cage pour abriter divers oiseaux.
En bordure du centre balnéaire, près du siège de la municipalité, un petit îlot vert est représenté par le parc Mohammed V, ancien parc Lyautey ou parc de la Plage. Disposant d’allées nombreuses et d’une jolie pergola, malheureusement en décrépitude de nos jours, il fut acquis vers 1930 par la municipalité. D’une superficie de 35.000 mètres carrés, il est complanté d’essences variées, d’arbres de haute futaie tels l’araucaria, l’eucalyptus et le palmier centenaire. Certains arbres sont très rares comme le dragonnier. Ce parc prestigieux a perdu beaucoup de son lustre d’antan.
Sur le prolongement du parc Mohammed V se trouve le jardin de l’hôtel Marhaba, aujourd’hui fermé après l’abandon de l’hôtel.
Sur l’avenue de l’Armée Royale, existe le parc Hassan II. À l’origine, selon un ancien de Mazagan, sur cet endroit existait la saniat Lebbat qui a été cédée à l’Anglais Spinney d’où son premier nom : Arsate Spinney ou jardin Spinney. Vers 1936, le jardin fut rebaptisé parc Paul-Doumer. Cet espace offre calme et fraîcheur et dispose de trois courts de tennis et d’une médiathèque.
Au temps du Protectorat, le parc disposait d’un bassin, de tout un système de rigoles pour l’irriguer, d’une cage pour singes et d’une cage pour oiseaux où s’ébattaient entre autres espèces des autruches, des paons et des canes.
La côte située entre Azemmour et El Jadida a été classée zone forestière et SIBE (Site d’intérêt biologique et écologique) depuis 1942, par arrêté viziriel. C’est à l’entrée de cette forêt d’eucalyptus, de pins et d’acacias que le projet balnéaire du Mazagan Beach & Golf Resort a été réalisé. Depuis 2017, de l’autre côté de la bande côtière, une superficie d’environ 1.300 hectares relevant de la commune de Haouzia, et constituée autrefois d’une zone verte et très arborée, avec une grande diversité de végétation, a été destinée à la construction d’un projet grandiose appelé Pôle Urbain de Mazagan (PUMA). La particularité de ce projet réside dans le fait qu’il devrait permettre, selon les annonces, l’aménagement d’ici 2030 d’une ville moderne de pas moins de 130.000 habitants, orientée vers le savoir et l’innovation.
Avant la création du port minéralier de Jorf Lasfar, la route côtière entre El Jadida et le port était occupée par de nombreux petits maraichers qui arrosaient leurs champs à l’aide de norias ou de motopompes. Mais, depuis la création de l’infrastructure portuaire, beaucoup de ces champs ont disparu.
On peut donc considérer que la région d’El Jadida est une terre riche en verdure. Elle est aussi hospitalière puisqu’elle a accueilli des espèces de plantes très diverses et utiles, originaires de pays lointains ou proches. Sa biodiversité s’en trouve heureusement augmentée et son climat amélioré. Il faudrait cependant tenter de conserver quelques endroits isolés où la végétation endémique pourrait s’épanouir et refléter les espaces végétaux primitifs et leur écosystème. En parallèle, il faudrait penser à développer les modes de culture d’autrefois car trop de savoirs se perdent, balayés par le mode de culture industriel.
Cependant, les enjeux liés à l’urbanisation galopante exercent une réelle pression sur ces espaces verts. Les parcs et forêts, véritables poumons de la ville, nécessitent un entretien régulier qui leur font cruellement défaut. Débroussaillement, élagage, coupe, préparation des sols, semis, plantations, entretien des futaies pour limiter les risques d’incendies, devraient être réalisés afin d’en préserver la diversité biologique et leur existence même.
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