Par Fouzia JAIDI
Artiste plasticienne
Le programme culturel du Salon de l’Edition et du Livre tenu à Rabat a abordé le 22 avril 2025 lors de l’un de ses panels la thématique des « Historiens des marges au Maroc ». Cette rencontre dirigée par l’universitaire Jilali El Adnani a vu la participation de deux historiens : Mustapha Jmahri et Ahmed Boumezgou.
C’est un sujet absolument passionnant et d’une importance capitale ! Mustapha Jmahri, auteur-éditeur des « Cahiers d’El Jadida », a mis le doigt sur une réalité essentielle de la construction historique : l’existence et le travail souvent invisible de celles et ceux qui se consacrent à exhumer et à faire vivre « l’Histoire à la marge », l’histoire locale des différentes régions du Maroc.
Ce que l’on appelle souvent « l’Histoire avec un grand H » tend à se concentrer sur les événements nationaux, les figures politiques majeures et les grandes tendances. Or, la richesse et la complexité du passé d’un pays résident aussi, et peut-être surtout, dans les histoires singulières des communautés locales, des traditions orales, des savoir-faire ancestraux, des événements qui ont marqué la vie des gens « ordinaires » dans leurs propres territoires.
Voici quelques points qui mettent en lumière l’importance de cette « Histoire à la marge » et le rôle crucial de ces historiens bénévoles et passionnés :
- Révéler des pans d’histoire occultés : L’histoire locale permet de découvrir des aspects du passé qui sont souvent négligés dans les récits nationaux. Il peut s’agir de mouvements sociaux locaux, de figures marquantes au niveau régional, de pratiques culturelles spécifiques, d’événements économiques ou environnementaux qui ont façonné la vie des habitants.
- Donner une voix aux oubliés : Cette approche historique se penche sur les expériences des groupes marginalisés, des minorités, des femmes, des artisans, des paysans – toutes celles et ceux dont la parole est rarement entendue dans les grands récits historiques.
- Nourrir le sentiment d’appartenance et l’identité locale : La connaissance de l’histoire de sa propre région renforce le sentiment d’identité et d’appartenance des habitants. Elle permet de tisser des liens avec le passé et de comprendre les racines de la communauté actuelle.
- Préserver un patrimoine immatériel précieux : L’histoire locale est souvent véhiculée par la tradition orale, les coutumes, les dialectes, les savoir-faire artisanaux. Le travail de ces historiens contribue à préserver ce patrimoine immatériel qui risque de se perdre avec le temps.
- Diversifier les sources historiques : Ces chercheurs s’appuient sur une variété de sources souvent différentes des archives nationales : témoignages oraux, photographies anciennes, documents familiaux, traditions populaires, toponymie, architecture locale, etc. Ils enrichissent ainsi la palette des sources historiques disponibles.
- Créer un lien entre le passé et le présent : Comprendre l’histoire locale permet d’éclairer les enjeux contemporains et de donner un contexte historique aux défis et aux opportunités des différentes régions du Maroc.
- Favoriser un tourisme culturel authentique : La mise en valeur de l’histoire locale peut être un atout majeur pour un tourisme respectueux du patrimoine et de l’identité des territoires.
Le travail de ces « historiens des marges » bénévoles et passionnés est donc essentiel et mérite une reconnaissance et un soutien accrus. Il est crucial de faciliter leur accès aux ressources, de valoriser leurs recherches, de leur offrir des plateformes de diffusion (publications, expositions, conférences, outils numériques), et de sensibiliser le grand public à l’importance de cette « Histoire à la marge ».
Mustapha Jmahri, dans son intervention au Salon du livre, mardi 22 avril 2025, avait raison de souligner cette réalité trop souvent méconnue. Il est temps de mettre en lumière ces artisans de la mémoire locale qui contribuent si richement à la compréhension globale de l’histoire du Maroc dans toute sa diversité et sa profondeur.
