Alors que je prends un moment pour t’écrire, c’est avec un cœur plein de nostalgie, d’admiration et de tristesse mêlée à la déception que je pense à toi. Toi, la ville de mes ancêtres, où les vagues de l’Atlantique embrassent tes remparts avec tendresse, rappelant le lien indissoluble entre ton passé et ton présent.
Dès mes premières respirations, tu as fait partie de moi. Tu m’as vue sourire ou pleurer, rire ou hurler, rêver ou avoir les pieds sur terre…
Tu as accompagné mes amitiés les plus précieuses, dessiné les contours des souvenirs les plus heureux aux côtés de mes chers parents. Je me souviens des jours passés à me promener dans tes rues, baignées par la lumière douce de l’après-midi, qui racontaient jadis des histoires de marins, de pêcheurs, et d’anciennes civilisations, ces rues où chaque coin révéle un pan de ton histoire.
Je me souviens des matins où la brise marine me caressait le visage, portant avec elle les rires des enfants jouant sur la plage, les conversations des anciens partageant leurs récits au coin des rues, et les chants des pêcheurs revenant de la mer, fiers de leur prise du jour. Ta beauté était simple, authentique, sans prétention…
La Cité Portugaise, avec ses murailles imposantes et ses canons pointés vers l’horizon, ces murailles, témoin de siècles d’histoire, se dressant fièrement, embrassant l’océan avec une énergie indomptable, rappellent tes jours de gloire et tes combats, une époque où tu étais un carrefour pour les marins, les commerçants et les explorateurs…
Tes vieilles ruelles, un labyrinthe de vie et de couleurs, vibraient au rythme des pas de ceux qui les parcouraient, curieux et émerveillés…
Ton phare, se dressant fièrement au bord de la mer, guide encore les marins vers la sécurité, tout comme tu as guidé des générations d’habitants et de visiteurs à travers les siècles.
La douceur de tes plages, Deauville, El Haouzia, et celle de Sidi Bouzid, où le soleil se couche dans un spectacle flamboyant de couleurs, reste gravée dans mon cœur.
Mais c’est ton âme, El Jadida, qui me captive le plus. La chaleur et l’hospitalité de tes habitants (les anciens), l’écho de la prière qui se répand depuis tes mosquées, et le parfum de tes marchés, où épices, poissons et artisanat se mêlent dans un kaléidoscope de sensations, m’enveloppent à chaque pensée.
Mais, au fil des années, j’ai vu des ombres s’allonger sur tes visages familiers. Les nouveaux bâtiments ont commencé à éclipser tes charmantes petites maisons, les centres commerciaux ont remplacé les cinémas, et les rues autrefois animées par la joie de vivre locale se sont peu à peu vidées de leurs anciens habitants perdant en couleur et en chaleur humaine. Ce n’est pas seulement le paysage qui a changé ; c’est l’âme de la ville qui semble avoir été emportée par le vent de la bétonisation à outrance, le délabrement de tes lieux de mémoire, les monceaux d’ordures qui enlaidissent ta beauté…
Je t’écris cette lettre non pas pour te reprocher d’avoir changé, car le changement est la loi de la nature, et toute cité, comme les personnes qui la peuplent, doit évoluer pour survivre. Je t’écris plutôt pour me souvenir de ce que tu étais et pour exprimer l’espoir que, malgré ces changements pas toujours très heureux, tu puisses retrouver l’essence qui te rendait unique, que tu mérites largement mieux que ce que tu es en train de subir, que tes murailles séculaires soient respectées comme des gardiennes de ton histoire et de ton âme.
Je rêve de te voir prospérer, de te voir embrasser le futur sans oublier les leçons du passé. Que tes enfants retrouvent en toi non seulement un refuge mais aussi un terrain fertile pour réaliser leurs rêves. Que tu redeviennes un phare de culture, d’histoire et d’harmonie, montrant au monde la beauté de la coexistence harmonieuse entre les cultures, et de la préservation du patrimoine, que tel un phénix, tu renaisses de tes cendres…
El Jadida, je t’ai quittée depuis plusieurs années maintenant, mais je t’aime toujours d’un amour inconditionnel. El Jadida, ma chère ville, tu as changé, mais mon amour pour toi reste inaltéré. J’espère que, dans ton cœur, tu gardes encore un peu de cet esprit qui te rendait si spéciale à mes yeux… Je te promets de revenir toujours pour te visiter, de marcher à nouveau dans tes rues , de revisiter les endroits de mon enfance , et de respirer à plein poumon ton air chargé en iode. Jusqu’à ce jour, je garde précieusement l’image de ta splendeur dans mon cœur, et je chéris les souvenirs que nous avons partagés.
Avec tout mon amour et l’espoir d’un avenir meilleur.
Khadija Benerhziel
Lettre à El Jadida…Chère El Jadida,
