Pêcheurs marocains en mer : une précarité des conditions de travail qui se conjugue au silence des secours

La découverte de l’embarcation de pêche traditionnelle « Lalla Khadija », retrouvée engloutie au fond de la mer, à quelque 15 milles nautiques au large de Safi, ravive une réalité aussi douloureuse qu’inquiétante : celle des conditions de travail particulièrement précaires dans lesquelles continuent d’évoluer de nombreux pêcheurs marocains. Depuis la disparition du bateau, le 23 octobre 2026, avec son équipage, les recherches se poursuivent pour tenter de retrouver les marins, désormais suspendus à l’espoir ténu d’une issue favorable.

Selon le communiqué du département de la Pêche maritime, les opérations de recherche, coordonnées par le Centre national de coordination du sauvetage maritime de Bouznika, ont permis de localiser l’épave grâce à des équipements de détection et à des caméras sous-marines spécialisées. Des équipes de plongeurs ont ensuite été mobilisées, avec le concours de plusieurs unités maritimes et aériennes de la Marine royale, de la Gendarmerie royale et des Forces royales air, ainsi que des moyens de sauvetage et de navires commerciaux.

Mais au-delà de ce drame et de l’important dispositif déployé, une question essentielle mérite d’être posée : où en est réellement la modernisation des moyens de sécurité et de communication au sein du secteur de la pêche artisanale ?

Car si les moyens de recherche et de sauvetage sont indispensables après un naufrage, la prévention et la capacité de donner rapidement l’alerte le sont tout autant. En mer, quelques minutes peuvent faire la différence entre la vie et la mort. Or, la disponibilité de dispositifs de communication fiables, de systèmes de détresse performants et de moyens de géolocalisation adaptés demeure un enjeu majeur pour des marins qui affrontent quotidiennement les dangers de l’océan, souvent avec des équipements et des conditions de travail qui ne sont pas toujours à la hauteur des risques encourus.

Le drame de « Lalla Khadija » remet ainsi en lumière les retards persistants dont souffre encore ce secteur, particulièrement en matière de sécurité maritime, de prévention des accidents et de communication en situation de détresse. La question n’est pas seulement de savoir comment retrouver un bateau disparu, mais aussi comment permettre à son équipage de lancer un appel au secours, de signaler sa position et d’obtenir une assistance dans les meilleurs délais.

Il serait profondément regrettable que ces drames se succèdent sans qu’ils suscitent une véritable remise à plat des dispositifs de protection des pêcheurs. Derrière chaque embarcation qui prend le large, il y a des hommes, des familles et des foyers qui attendent leur retour. La mer a ses colères, certes, mais la vulnérabilité des marins ne saurait être considérée comme une fatalité.

Il est temps que la modernisation de la pêche marocaine ne se mesure plus uniquement à ses performances économiques et à ses volumes de production, mais aussi à la sécurité de ceux qui en constituent le premier maillon. Car aucun progrès du secteur ne saurait avoir de sens si ceux qui affrontent la mer au quotidien continuent de le faire au prix de leur vie.


Abdellah Hanbali

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