Gaspare Calvaruso : Maître ébéniste de Mazagan

Par Mustapha JMAHRI

D’origine sicilienne, le maître artisan Gaspare Calvaruso s’est imposé comme une figure de la vie économique et sociale de Mazagan (El Jadida). Son parcours et son savoir-faire ont durablement marqué le paysage architectural de la cité doukkalie.
Après avoir dirigé pendant quelques années une première entreprise d’ébénisterie en Tunisie, Gaspare Calvaruso choisit d’émigrer au Maroc en 1917. À son établissement à Mazagan, il habite d’abord près de la mosquée Tazi en face du jardin Gallieni (place Abdelkrim Khattabi). Il déménage ensuite route de Marrakech, séjournant une douzaine d’années dans la rue d’Avignon, où la famille réside jusqu’en 1931.
C’est également à Mazagan qu’il ouvre son atelier d’ébénisterie d’art, situé sur l’avenue Georges Clémenceau (avenue Mohammed Rafy), à proximité immédiate de l’Hôtel de Provence. Cette photographie d’époque immortalise d’ailleurs le porche de cet atelier, devant lequel l’artisan affichait fièrement ses distinctions aux côtés de ses employés marocains.
Titulaire de la prestigieuse Médaille d’or des arts et du commerce délivrée à Florence, en Italie, Gaspare Calvaruso met son génie technique au service des grands chantiers publics et religieux de la ville. C’est à ses mains expertes que l’on doit les remarquables travaux d’ébénisterie de la poste principale, de la salle des fêtes municipale et du tabernacle de l’église Notre-Dame de l’Assomption.
Parfaitement intégré à sa patrie d’adoption, il tisse des liens d’amitié avec les grandes familles de la communauté italienne locale, telles que les Mortéo, Ingarào, Agosta, Innamorati (le pharmacien), Malanchini, Pighin, Alessi et Schimone.
Le destin de cette lignée est resté ancré dans le sol marocain. Gaspare Calvaruso repose aujourd’hui dans le caveau familial à El Jadida, aux côtés de son épouse et de leur petite-fille Dora, tragiquement emportée par la fièvre typhoïde à l’âge de 8 ans. Son histoire, précieusement transmise par son petit-fils Robert Banessy, demeure un témoignage vivant de la mémoire cosmopolite de la cité.
Ce dernier ayant visité El Jadida dans les années 1980, raconte : « Je me suis arrêté devant la porte cochère de l’ancien atelier de mon grand-père. Là, le très aimable patron de l’époque, qui avait une trentaine d’années et parlait un français impeccable, m’a demandé si je cherchais quelque chose. Je lui ai alors expliqué mon histoire et je lui ai parlé de l’apprenti marocain de mon grand-père. Il a eu un sourire et son visage s’est éclairé. Il m’a dit d’attendre un instant et est revenu quelques minutes plus tard, accompagné d’un mâalem marocain. Il m’a dit : « Voilà Yassin ». J’ai eu l’impression que mon grand-père revivait ! Cette histoire m’est restée gravée et j’en garde un merveilleux souvenir. »
Jmahrim()yahoo.fr

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