Nous sommes en novembre 1955. Le 16 novembre, le retour d’exil du Sultan Mohammed V marque une étape décisive dans la marche du Maroc vers l’indépendance. Deux jours plus tard, le 18 novembre, les Marocains célèbrent la Fête du Trône, dans une ferveur patriotique empreinte d’émotion, d’espoir et de fierté retrouvée.
À El Jadida, comme ailleurs dans le Royaume, l’événement est célébré dignement. Cette photographie, précieux témoignage d’une époque révolue, nous ramène sur l’actuel boulevard Mohammed V, et plus précisèment face à la Banque du Maroc, dans un vaste hangar qui, à l’époque du Protectorat, servait au stockage des œufs collectés dans l’ensemble des Doukkala, avant leur exportation par le port , situé presque en face.
Ce jour-là, ce lieu accueille des notables de la ville, réunis pour célébrer un moment qui dépasse largement le cadre d’une simple fête officielle. Car, derrière les visages et les silhouettes immortalisés sur cette image, il y a toute une époque, toute une société, tout un pan de la mémoire jdidie.
Parmi les personnes déjà identifiées, on reconnaît, à l’arrière-plan, feu Ahmed Belfakir. Au milieu figure feu Al Mokhtar Belfakir, tandis qu’au premier plan apparaît feu Mohammed Belfakir.
Des noms, des visages, des fragments d’une histoire collective qui mérite d’être préservée, avant que les années ne finissent par en effacer les derniers témoins.
Il y a aussi les souvenirs personnels que de telles photographies ne racontent pas toujours. Ceux qui étaient là, tout près du cadre, mais que l’objectif n’a pas retenus. À l’instar de feu Al Mahjoub et son fils Majid Choukaili et toutes les autres présences discrètes qui appartiennent pourtant pleinement à l’histoire de l’instant.
Aujourd’hui, on est tous invité à remonter le temps, à retrouver les visages familiers, à réveiller les souvenirs enfouis et à faire parler la mémoire de nos anciens.
Un appel est donc lancé à tous les Jdidis, de souche ou de cœur, ainsi qu’à toute personne susceptible de reconnaître un parent, un ami ou une connaissance parmi les personnes présentes sur cette photo.
Car chaque nom retrouvé sera une petite victoire contre l’oubli, une pierre de plus apportée à l’édifice de notre mémoire collective.
Abdellah Hanbali
