Dans la nuit du jeudi 26 février, vers 4 heures du matin, le quartier Saâda, à El Jadida, s’est réveillé sous le choc. Un homme d’une soixantaine-dizaine d’années, en route vers la mosquée pour la prière d’Al Fajr, a été mortellement agressé. Le suspect, un jeune du quartier, a été interpellé peu après les faits. Le corps de la victime a été transféré à la morgue de l’hôpital provincial Mohammed V.
Mais derrière le fait divers, un autre drame, plus silencieux, interroge.
Le jeune mis en cause souffrait, selon ses proches et ses voisins, de troubles psychiques sévères. Depuis des mois, son comportement inquiétait : accès de violence, menaces, crises répétées. Ses parents, dépassés, avaient choisi de briser le silence. Ils s’étaient exprimés publiquement pour demander de l’aide, implorant une prise en charge médicale adaptée, un encadrement, une hospitalisation si nécessaire. Leur appel, disent-ils, n’a trouvé aucun relais concret.
Dans bien des quartiers, ces situations se répètent. Des familles démunies face à la maladie mentale, des proches en quête de soins, d’orientation, d’un interlocuteur capable d’agir avant que l’irréparable ne survienne. Entre structures saturées, lenteurs administratives et absence de dispositifs de proximité, beaucoup se sentent abandonnés.
Aujourd’hui, une vie a été fauchée. Et un jeune homme, manifestement en grande détresse psychique, se retrouve derrière les barreaux. Or, l’incarcération ne soigne pas la maladie. Elle sanctionne un acte, mais elle ne traite ni la souffrance ni les défaillances qui ont conduit à ce drame.
Le goût est amer. Car si une prise en charge précoce avait été mise en place, si l’alerte lancée par la famille avait été entendue, c’est peut-être une vie qui aurait été épargnée. Au-delà de l’émotion et de l’enquête en cours, ce drame pose une question cruciale : combien de signaux faudra-t-il encore ignorer avant de considérer la santé mentale comme une urgence publique à part entière ?
Abdellah Hanbali
