El-Jadida : le rêve d’un Deauville marocain qui s’effiloche

Tout est parti d’une phrase qui a traversé le siècle comme un mirage persistant : celle du Maréchal Lyautey proclamant qu’« El-Jadida sera le Deauville marocain ». Une promesse jetée au vent de l’Atlantique, un horizon que la cité mazaganaise a longtemps cru pouvoir atteindre.
Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts…et beaucoup d’illusions avec. Car Deauville, la vraie, s’est imposée par son casino parmi les plus prestigieux d’Europe, son hippodrome impeccable, ses jardins soignés, ses grands restaurants, ses cabines mythiques alignées le long de la plage, certaines portant encore les noms des célébrités qui y ont laissé un parfum d’été. Deauville, c’est le tourisme haut de gamme, la beauté maîtrisée, la rigueur sportive et le charme mondain.
Quelles similitudes, dès lors, une telle ville pouvait-elle réellement partager avec la nôtre ?
En lançant sa phrase visionnaire, Lyautey pensait sans doute à notre hippodrome flambant neuf, fièrement inauguré ; à notre plage, lumineuse, disciplinée par ses cabines blanches ; à notre casino ; à l’hôtel Marhaba, joyau architectural et clin d’œil majestueux au Titanic, dont il reproduisait les lignes à peine quelques années après le naufrage. À cette époque, El-Jadida semblait marcher droit vers le destin qu’on lui annonçait.
Mais aujourd’hui ?
Aujourd’hui, face à l’état délabré, sale et tristement négligé d’El-Jadida, peut-on encore parler de similitudes ? Peut-on même encore parler d’ambition ? La ville qui se rêvait Deauville ne ressemble plus qu’à l’ombre d’elle-même : un passé glorieux suspendu au-dessus d’un présent sans éclat. Et pourtant… sous la poussière, sous l’abandon, subsistent des traces, des souvenirs, des architectures, des regards qui disent que la ville fut belle, qu’elle aurait pu l’être encore. Une cité dont le passé, incontestablement, demeure de loin meilleur que son présent.

Abdellah Hanbali

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