El Jadida : un avortement clandestin vire au drame… et met à nu un sujet tabou

Encore une tragédie de plus, dans le silence et la honte. À El Jadida, la chambre criminelle de première instance a condamné un ancien médecin généraliste pour avoir pratiqué un avortement clandestin ayant entraîné la mort d’une jeune femme. Une affaire douloureuse qui, au-delà de la responsabilité pénale du praticien, ravive le débat sur un drame social que l’on préfère taire : celui des femmes abandonnées, piégées entre la morale et la misère.
Selon des sources judiciaires, tout a commencé lorsqu’une jeune employée hospitalière, vêtue de sa tenue d’infirmière, s’est rendue dans la clinique du médecin. Elle était enceinte après une relation hors mariage, un péché social plus lourd que n’importe quel crime, et cherchait désespérément une issue.
Mais l’intervention, réalisée en secret, a viré au cauchemar. La jeune femme a succombé à une hémorragie interne, seule, loin de tout secours.
Alertée par une amie qui l’avait accompagnée, la police a découvert le corps sans vie. L’enquête a révélé que le médecin, connu dans la région, avait administré à sa patiente un médicament censé provoquer un avortement discret. Sans suivi, sans cadre médical, sans conscience. La mère, effondrée, a confié qu’elle ignorait tout de la grossesse de sa fille, « une enfant sage et sans histoire ».
L’autopsie a été sans appel : mort par complication d’un avortement provoqué. Les enquêteurs ont alors remonté la piste du praticien, un médecin de campagne exerçant dans un centre de santé public, qui a d’abord nié les faits avant de reconnaître avoir prescrit le produit fatal.
Ce drame, loin d’être isolé, met en lumière une hypocrisie collective. Dans un pays où l’avortement est toujours interdit, sauf cas exceptionnels, des centaines de femmes, jeunes, pauvres, souvent seules, meurent chaque année dans l’ombre des cliniques de fortune, des ruelles et des chambres secrètes. Certaines y laissent leur dignité, d’autres leur vie.
Et pendant ce temps, les débats législatifs stagnent, les consciences s’accommodent, et les victimes continuent de payer le prix d’un système qui refuse de les voir.
Ici, à El Jadida, une femme a payé de sa vie le prix du silence. Et un médecin a écopé de cinq ans de prison ferme pour sa double faute : celle d’avoir oublié son serment… et d’avoir cédé à la loi du non-dit.

Abdellah Hanbali

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