À l’approche de l’ouverture de la 16ème édition du Salon du Cheval d’El Jadida, prévue du 30 septembre au 5 octobre 2025 et placée sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, les autorités mettent en avant l’avancée des préparatifs. Le 9 septembre, le ministre de l’Agriculture, de la Pêche Maritime, du Développement Rural et des Eaux et Forêts, Ahmed El Bouari, accompagné du gouverneur de la province, M. Mhamed Atfaoui, et du commissaire du Salon, Dr. El Habib Marzak, a inspecté le chantier du Parc des Expositions Mohammed VI.
Carrières de compétitions, zones d’accueil pour chevaux, espaces d’exposition, circuits visiteurs et infrastructures techniques : tout semble prêt pour accueillir un événement présenté comme « l’un des rendez-vous équestres majeurs du continent ». Cette année, le thème choisi,, « Le bien-être du cheval, trait d’union entre les pratiques équestres », se veut moderne et éthique, gage d’une volonté de professionnalisation du secteur.
Saut d’obstacles, Tbourida, championnats de chevaux Barbes, Arabe-Barbes et Pur-Sang Arabes, conférences et spectacles : l’édition 2025 reprend, une fois encore, les recettes des années précédentes. Derrière ce programme, une impression de déjà-vu persiste.
Depuis sa création, le Salon n’a cessé de se présenter comme un moteur de rayonnement international pour le Royaume. Mais quinze ans plus tard, le bilan concret pour les artisans, les éleveurs et les acteurs locaux de la filière équine reste flou.
Car si l’événement est soutenu par d’importantes subventions publiques, aucune donnée claire n’est communiquée sur les retombées économiques locales. Combien de visiteurs ? Combien d’emplois créés ou de revenus générés pour les hôtels, restaurants et commerçants d’El Jadida ? Silence radio. À l’heure où les finances publiques sont scrutées et où de nombreux secteurs crient au manque de moyens, le Salon du Cheval échappe à toute reddition de comptes.
Or, un événement financé en partie par l’argent du contribuable ne devrait pas se contenter de paillettes et de discours sur le « prestige ». Il devrait être mesuré à l’aune de son impact réel : soutien aux éleveurs, structuration de la filière, valorisation durable de l’artisanat, insertion des jeunes passionnés dans des métiers liés au cheval…
Certains défendront l’idée que ce Salon n’a pas été pensé pour générer du profit, mais pour célébrer la culture équestre marocaine et préserver un patrimoine. Soit. Mais quinze éditions plus tard, la question reste entière : qu’est-ce qui a réellement changé ?
Sans réponse chiffrée, le risque est grand que le Salon ne soit perçu que comme une belle vitrine qui s’autocélèbre, une machine lourde et coûteuse qui tourne à vide, répétant chaque année les mêmes slogans, « le meilleur Salon d’Afrique », « l’un des plus prestigieux au monde », sans jamais démontrer sa valeur ajoutée pour ceux qu’il prétend servir.
Abdellah Hanbali
