Depuis des lustres, à l’approche de chaque saison estivale, des employés saisonniers reviennent inlassablement sur le long boulevard Ibn Badis pour arracher les mauvaises herbes et donner, le temps de quelques semaines, l’illusion d’une ville entretenue.
Des années que le même scénario se répète. Des efforts, de l’argent public dépensé, des heures de travail mobilisées… pour sauver les apparences d’un provisoire qui, lui, semble être devenu permanent.
Pourtant, une question simple s’impose : qu’aurait coûté à la commune de transformer ces espaces en véritables zones vertes ? Planter du gazon, créer des massifs, offrir un peu de fraîcheur aux habitants et aux visiteurs ? Plus cher ? Plus compliqué ? Certainement pas. Il aurait surtout fallu une vision, une volonté et un minimum de motivation.
Car El Jadida mérite mieux que ces rendez-vous annuels avec les mêmes mauvaises herbes. Elle mérite de retrouver cette douceur d’autrefois, cette élégance qui faisait son charme.
Nous ne voulons plus d’un éternel recommencement, comme les mouvements d’une vieille noria qui tourne sans jamais avancer. Nous voulons du vert, de la beauté, de l’ombre et de la fraîcheur.
Nous voulons retrouver l’esprit d’une ville qui, malgré un nombre d’habitants bien inférieur à celui d’aujourd’hui, savait offrir des espaces de vie agréables. Une ville qui comptait deux grands parcs, où de magnifiques poissons nageaient dans des aquariums à ciel ouvert, où chaque boulevard semblait avoir son identité avec ses propres espèces d’arbres.
Une ville où il faisait bon flâner, respirer et vivre.
Aujourd’hui, le contraste est douloureux : le passé d’El Jadida semble parfois plus riche que son présent. Et si des années sont nécessaires pour décider de planter quelques arbres et créer un peu de verdure, comment croire à la réalisation de grands projets capables de transformer durablement la ville ?
El Jadida n’a pas seulement besoin d’entretien. Elle a besoin d’une vision. Elle a besoin qu’on lui rende ce qui faisait autrefois sa fierté : son âme, sa fraîcheur et sa beauté.
Abdellah Hanbali
