Au Moussem de Moulay Abdellah, difficile de rester indifférent devant les « exploits » de ces toubibs d’un genre bien particulier, oserait-on dire révolutionnaire, qui, loin des caméras et dans l’anonymat le plus total, trouvent le remède là où la médecine moderne avoue parfois ses limites.
Quelle que soit votre affection, ils en ont le traitement. Et, magnanimes, se contentent de quelques dirhams pour la consultation et les médicaments. Leur ambition affichée : « rendre service ».
Les potions miracles
Inutile, désormais, de courir les cliniques les plus réputées du Maroc ou de l’étranger : il suffit de se rendre, le soir venu, au Mahrek du Moussem. C’est là que ces « professeurs » reçoivent leurs patients, venus des quatre coins des Doukkala. Chaque soir, une foule compacte se presse autour des toubibs du « Ouali Salih ».
On ne peut pas les manquer : armés de hauts-parleurs, ils vantent leurs remèdes, au milieu de l’assistance. Témoignages à la chaîne : une femme, autrefois stérile, assure avoir retrouvé la maternité ; un homme affirme qu’une tumeur a disparu… et chacun conclut par un solennel « Jab Allah Achifa », auquel la foule, médusée et presque hypnotisée, comme par un gourou, répond d’une seule voix : « Al hamdou Lillah ».
Plus loin, d’autres soignants, spécialisés dans l’arrachage dentaire, exposent fièrement leur butin : des rangées de dents extraites, bien alignées comme autant de trophées. Et si, par malheur, la dent arrachée était saine ? Qu’importe : l’extraction de la mauvaise sera offerte. Preuve, selon eux, qu’ici, au milieu de tous ces Oualis de la région, ce n’est pas l’appât du gain qui guide, mais la santé du patient, avant tout.
Face à tant « d’ingéniosité », de « succès » et d’« humanisme », on hésite entre applaudir ou sourire. Car le Moussem de Moulay Abdellah n’a rien d’un cabinet médical : c’est un spectacle, un rituel, une scène où foi, tradition et art de convaincre se mêlent sans complexe.
Vive les « toubibs » du Moussem ! Et que la paix d’Allah soit sur eux.
Reste une simple et seule question : où sont les autorités sanitaires et sécuritaires ?
À bon entendeur…
Abdellah Hanbali
