El-Jadida : chronique d’une mémoire en ruines


Il fut un temps où El-Jadida portait fièrement son surnom de « Deauville marocain ». Une ville de lumière, de souvenirs et de charme, où chaque lieu racontait une histoire, où chaque façade, chaque espace, chaque recoin portait une part de son âme.
Aujourd’hui, le spectacle est celui d’une lente disparition.
Les cabines de plage ne sont plus qu’un souvenir effacé par le vent du temps. L’entrée même de la plage, autrefois porte ouverte sur l’océan, semble avoir été éventrée. La passerelle de l’hôtel Marhaba a disparu. Les aquariums du jardin Mohammed V, témoins d’une époque révolue, ont été réduits au silence. Le café Nejmat Al Mojit n’est plus qu’un nom dans la mémoire des anciens. Et l’hôtel Marhaba, symbole d’un passé glorieux, n’est désormais qu’une carcasse abandonnée aux griffes de la dégradation.
Ainsi va le destin d’une ville qui voit ses repères s’effacer un à un, comme si certains avaient davantage de talent pour démolir que pour préserver, davantage d’énergie pour rayer l’histoire que pour écrire l’avenir.
À ce rythme, les élus communaux d’El-Jadida semblent mener une véritable bataille contre la mémoire collective. Dans l’art de la destruction, ils pourraient presque rivaliser avec les drones Shahid ou les missiles Khaibar iraniens… une comparaison amère, née de l’ironie face à une réalité qui dépasse la fiction.
Car une ville ne se résume pas à des murs et du béton. Elle vit par ses lieux, ses symboles, ses souvenirs, son identité. Détruire ce qui fait son âme sans proposer une vision digne pour la remplacer, c’est appauvrir son histoire et voler une part de son avenir.
El-Jadida ne demande pas seulement des projets. Elle réclame une conscience, une vision et le respect de ce qu’elle a été.
Car une ville qui oublie ses racines finit par perdre son visage.
Abdellah Hanbali



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