Azemmour : des rencontres culturelles sans cap, à quel prix pour les citoyens ?

Au-delà de la 23e Rencontre internationale des villes et des institutions du réseau Sept Soleils, Sept Lunes, une question s’impose avec insistance : que reste-t-il, concrètement, une fois les projecteurs éteints et les délégations reparties ?
Organiser une manifestation culturelle est, en soi, une initiative louable. Elle peut être un levier d’ouverture, un catalyseur d’échanges et un accélérateur de développement local. Mais encore faut-il savoir d’où l’on part et, surtout, où l’on veut aller. Sans cap clair, sans stratégie pensée en amont, ces rendez-vous risquent de se transformer en vitrines éphémères, aussi séduisantes que sans lendemain.
À Azemmour, comme ailleurs, le refrain revient au lendemain de chaque événement : et maintenant ? Quelles retombées tangibles pour la ville et ses habitants ? Au-delà des discours et des photos officielles, quels projets ont émergé, quels partenariats ont été concrétisés, quelles opportunités ont réellement bénéficié à la population locale ?
Le nom même de « Sept Soleils, Sept Lunes » évoque l’évasion, les horizons lointains, les paysages de carte postale. Une promesse d’ailleurs qui fait rêver. Mais la réalité locale, elle, est bien plus prosaïque. Entre trottoirs dégradés, chantiers à l’abandon et services de base parfois défaillants, le décalage interroge. Peut-on sérieusement prétendre au rayonnement international sans répondre d’abord aux besoins essentiels des citoyens ?
La question des moyens, souvent avancée pour justifier l’immobilisme, devient soudainement plus flexible lorsqu’il s’agit de financer déplacements, réceptions et participations à ces rencontres. Ce paradoxe alimente un sentiment d’incompréhension, voire de défiance, chez une population qui peine déjà à voir ses priorités prises en compte, ne serait-ce que dans des domaines aussi fondamentaux que la gestion des déchets.
Il ne s’agit pas de remettre en cause le principe même de ces échanges culturels, mais d’interroger leur finalité. Ont-ils été pensés comme de véritables outils de développement territorial ou comme de simples opérations de représentation ? Existe-t-il une feuille de route, des objectifs mesurables, une évaluation des impacts ?
Car une rencontre internationale ne devrait pas être une parenthèse, mais un point de départ. Encore faut-il disposer des compétences, de la vision et de la volonté politique nécessaires pour transformer l’essai. À défaut, ces événements risquent de s’inscrire dans une logique de répétition sans progression, où l’on multiplie les initiatives sans jamais en mesurer les effets, ni en corriger les limites.
À l’heure où chaque dirham d’argent public compte, la question de la pertinence et de l’efficacité de ces manifestations mérite d’être posée sans détour. Le véritable enjeu n’est pas d’organiser davantage de rencontres, mais de leur donner un sens, et surtout, des résultats.

Abdellah Hanbali

Related posts

Leave a Comment