Une rencontre inspirante pour une jeunesse connectée

La librairie de Paris à El Jadida organise mercredi 24 décembre 2025 à 19h une rencontre entre l’écrivain et romancier Fouad Laroui et Mustapha Jmahri, auteur-éditeur des Cahiers d’El Jadida sur le thème : « Fouad Laroui, enfance, culture et littérature à El Jadida ». Ci-joint un point de vue sur cette rencontre inspirante pour une jeunesse connectée.


L’écrivain puise souvent dans la source vive de l’enfance pour modeler son œuvre. Les souvenirs deviennent alors matière première : ils se transforment, se recomposent et se chargent d’une densité nouvelle. Ainsi le récit dépasse-t-il la simple mémoire pour atteindre l’universel. En façonnant la fiction à partir du vécu, l’auteur brouille volontairement les frontières entre le réel et l’imaginaire, offrant au lecteur un espace où chacun peut reconnaître une part de soi.

        Dans les romans et nouvelles, les souvenirs d’enfance ne sont pas seulement des retours en arrière ; ils servent à construire les personnages, enrichir la narration, explorer des thèmes universels et transmettre des émotions profondes. Ils ajoutent souvent une dimension poétique, nostalgique ou psychologique qui rend le récit plus vivant et général.

        Au Maroc, nombreux sont les auteurs, dans les deux langues, qui ont fait de l’enfance et de l’adolescence le terreau de leurs créations. Ils y ont puisé des scènes, des émotions, des fragments de vérité destinés à ancrer leurs récits et à leur conférer cette valeur littéraire qui naît du mariage subtil entre authenticité et invention.

        Fouad Laroui, détenteur de plusieurs prix littéraires, reste parmi les écrivains marocains qui ont exploité au mieux ce style d’écriture notamment avec son roman Une année chez les Français (paru en 2010). Il a su, mieux que tout autre, élever l’écriture du souvenir au rang d’art, comme en témoigne magistralement son dernier roman La Vie, L'Honneur, La Fantasia (août 2025). En effet dans ce nouveau récit, le narrateur a dix ans lorsqu'il assiste à l'assassinat du promoteur immobilier Arsalom au cours d'une fantasia qui se déroulait à Moulay Abdalah. Arsalom est né dans le quartier Lalla Zahra d'El Jadida. On trouve dans son ouvrage une description de la vie dans cette ville et de ses habitants dans les années 1970. Tout le reste de l'intrigue se déroule entre Azemmour et El Jadida.

        Au cours de cette séance à deux voix, Mustapha Jmahri — son ami d’enfance et historien d’El Jadida — revisite les années soixante du siècle dernier et cette jeunesse partagée, qui allait laisser son empreinte durable sur l’écrivain en devenir. L’apport de cette période a été décisif pour l’émergence d’une sensibilité particulière, façonnée par la mémoire de l’enfance, aux identités croisées et aux petites expériences du quotidien qui nourrissent son œuvre littéraire.

        C’est à l’école primaire Jean-Charcot d’El Jadida, que le jeune Fouad découvre la France et apprivoise la langue française. Il poursuit sa formation au lycée Lyautey de Casablanca avant de rejoindre, en 1979, une grande école scientifique parisienne. Devenu ingénieur des Ponts et Chaussées puis docteur en sciences économiques, il revient au Maroc pour travailler à l’Office Chérifien des Phosphates. Plus tard, il se tourne vers l’enseignement supérieur, exerçant successivement en Angleterre, aux Pays-Bas et au Maroc.

        Pour cet écrivain, les souvenirs d’enfance constituent un véritable terreau créatif, capable de transformer l’intime en universel. Chez Fouad Laroui, comme chez d’autres auteurs marocains, ils permettent de lier le vécu personnel à des expériences collectives, de mêler réalité et fiction, et de donner à ses récits une profondeur émotionnelle et une richesse stylistique. En revisitant ce parcours, Fouad Laroui offre au lecteur non seulement une immersion dans un contexte historique et culturel précis, mais aussi une réflexion sur la mémoire, l’identité et les influences formatrices de la jeunesse. Ainsi, les souvenirs d’enfance deviennent un outil essentiel pour construire des histoires qui résonnent au-delà des expériences individuelles, faisant de la littérature un pont entre le particulier et l’universel.

        Mustapha Jmahri et Fouad Laroui partagent une relation d’amitié qui a commencé tôt par le biais de la lecture, notamment par l’échange de bandes dessinées (Blek, Tintin, …), de rencontres au cinéma de Madame Dufour, à la plage, au quartier du Plateau ou sur la route de l’ancien aérodrome. La lecture s’avéra ainsi pour tous les deux, comme peut-être pour toute une génération marocaine des années soixante, la seule voie de réussite et certainement d’ascension sociale.

        Entre souvenirs d’enfance, témoignages vécus et techniques d’écriture, le duo -Fouad Laroui et Mustapha Jmahri- donne à cette soirée un concentré de confidences humaines et culturelles inédites.

Envoi M. B

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