Mustapha Jmahri échange avec des futurs architectes marocains et français

À l’invitation de l’Institut français d’El Jadida, Mustapha Jmahri, auteur-éditeur des « Cahiers d’El Jadida », a animé une rencontre au profit des étudiants d’architecture de l’École nationale d’architecture de Rabat et de l’École nationale supérieure d’architecture de Paris Malaquais. Cet échange qui a porté sur le thème « El Jadida entre terre et mer » s’est déroulé dans la salle de l’Institut mercredi 12 novembre 2025.
Prenant la parole Mustapha Jmahri a expliqué que la mer a profondément façonné l’histoire et la physionomie de la ville. C’est en fait grâce à la « baie de Mazighan », ajoute l’intervenant, que la ville est apparue et s’est transformée au fil des ans. D’autant plus que la ville s’est toujours développée au cours de son histoire en bordure de la mer. Le conférencier a d’ailleurs consacré une étude sur l’histoire du port d’El Jadida publiée en 2002 et qui demeure la seule à ce jour. Mustapha Jmahri ajoute un deuxième élément marquant de la ville : la cité portugaise du XVIe siècle. Celle-ci, construite, en partie, sur l’eau, a été le premier embryon de la ville bien après sa libération en 1769.
Après avoir esquissé la période cosmopolite qui commença en 1820 avec l’ouverture de la ville au trafic commercial mondial, Mustapha Jmahri aborda l’évolution de la cité après l’avènement du Protectorat et notamment avec le premier plan d’aménagement et d’extension d’El Jadida datant de novembre 1916. Ce plan fut dressé par l’ingénieur en chef Frédéric Bonnet arrivé à Mazagan au début du Protectorat. Cet ingénieur a participé ou supervisé la création de routes, de voies, d’égouts, du phare sidi Bouafi, de la jetée du port et d’autres travaux publics.
Dans une deuxième étape Mustapha Jmahri a présenté une brève description des différents quartiers de la ville ainsi que les principaux éléments de l’infrastructure moderne installée notamment à partir de 1920 et comprenant le siège de la municipalité, le bureau de poste, le théâtre municipal, l’agence Bank Al-Maghrib, l’ancien service du Tertib et autres édifices privés avec une architecture remarquable tels l’immeuble dit Cohen, le château Buisson connu sous le nom château rouge et le quartier du Plateau.
L’intervenant consacra ensuite un temps pour donner son avis sur l’évolution urbaine de la ville d’El Jadida après la création du grand port minéralier de Jorf Lasfar, et qui a conduit au niveau local à l’augmentation de la population, à l’extension du périmètre urbain et à la disparition de la frange rurale.
Au sujet de la frange rurale, l’intervenant a indiqué qu’à partir de la moitié des années 1980, cette frange allait fondre peu à peu. L’urbanisation galopante consomma, graduellement, l’espace agricole. C’était le temps de la croissance exponentielle de la ville avec la création de lotissements pour loger une population exogène, majoritairement employée par le groupe OCP. La Compagnie générale immobilière réalisa un projet urbain sur le terrain de l’Aviation après son déclassement. D’autres édifices publics virent le jour grâce à l’État tels le Centre de formation des enseignants, l’Institut de technologie appliquée, et le tribunal. La frange rurale, explique-t-il, n’a pas reculé vers le sud, elle a tout simplement et progressivement cédé la place à l’extension inéluctable de la ville qui se trouvait à l’étroit. Ce qui est qualifié par certains sociologues d’étalement urbain.
Mustapha Jmahri termina son propos en donnant des exemples de l’architecture européenne en milieu rural dans la province d’El Jadida. En effet, cette région comptait beaucoup de maisons d’anciens colons qui étaient de différentes dimensions, souvent entourées d’arbres ou de palmiers et parfois agrémentées de jolis jardins. À côté de ce type de bâti, il existait aussi, selon le conférencier, de beaux spécimens de l’architecture européenne toujours construits en matériaux durables où se mêlaient quelquefois des motifs de l’architecture locale marocaine. On observait ce genre de bâtisses disséminées à travers les localités situées dans les anciennes limites de la province d’El Jadida, c’est-à-dire de Bir Jdid à Oualidia. Certaines maisons plus modestes furent bâties sur la route de l’Oulja alors que d’autres étaient visibles depuis la route d’El Jadida à Casablanca.
Cependant, précisa l’intervenant, entre 1960 et 1974, après la reprise des fermes par l’administration marocaine, ces anciennes maisons ont été presque toutes laissées à l’abandon, dépouillées de leurs portes et fenêtres. Tel est le constat regrettable, dira l’intervenant, et qui a fait l’objet de son article documenté paru dans le magazine Zamane du mois d’avril 2021 sous le titre : « Les trésors de l’architecture européenne en Doukkala ».
La rencontre se termina par un échange entre le conférencier et les futurs architectes, suivi par une dédicace d’une trentaine de ses livres à titre gracieux.
Envoi M.B

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