Chronique de Mustapha Jmahri : Le Docteur Mofaddel, un ancien élu visionnaire pour sa ville

Le Docteur Abderrahim Mofaddel est une personnalité connue dans le paysage social et médiatique d’El Jadida. Chirurgien de son état, fondateur de l’association Cité Portugaise, ancien élu pendant deux mandats mais surtout écrivain d’un style attachant. Son amour pour la culture et l’écriture remonte aux années de sa jeunesse. Né à El-Jadida en 1954, il a fait ses études de médecine, en 1976, à la faculté de médecine de Casablanca, avant de continuer à Rabat. En 1986, il se spécialise en chirurgie viscérale à Montpellier et en 1992, il s’installe à El-Jadida en tant que chirurgien et directeur de clinique.
Intellectuel et praticien, le Docteur Mofaddel m’a reçu ce matin du mois d’août 2025, dans son bureau entre deux opérations chirurgicales. La raison de ma visite : connaître de près son point de vue sur son expérience communale par le passé en tant qu’ancien élu et citoyen engagé dans le service public.
Le Docteur Mofaddel a été membre du Conseil municipal d’El Jadida à deux reprises : d’abord avec feu Mohammed Arsalane El Jadidi, dans son deuxième mandat (1992-1997), et ensuite sous l’égide d’Ahmed Fayçal El Kadiri (1997-2002). Il pense que ces deux expériences étaient riches dans la compréhension des dessous de la gestion municipale mais aussi de la nature humaine.
El Jadida a eu beaucoup de chance d’avoir été dirigée par des personnalités de grande valeur, mais une main toute seule ne peut applaudir. Le travail d’équipe nous fait grandement défaut, dit-il, surtout quand il s’agit de la chose publique qui concerne une cité historique comme El Jadida.
Selon le docteur Mofaddel, certes dans chaque conseil il y a un noyau de personnes formées dans différentes disciplines pouvant contribuer à la gestion communale, mais un conseil est aussi composé d’élus qui manquent de formation et de savoir. Loin de moi, dit-il, de vouloir critiquer certains, mais c’est un constat regrettable qu’il faudrait traiter.
Le Docteur Mofaddel a beaucoup d’estime pour Mohammed Arsalane El Jadidi et le considère comme un président charismatique, honnête et travailleur. Il avait, dit-il, une vision du changement non pas pour El Jadida seule mais au sein de sa zone géographique, c’est-à-dire y compris Azemmour et Sidi Bouzid. Il pensait même à un projet grandiose de réalisation d’une longue corniche entre Azemmour et Jorf Lasfar.
Le Docteur Mofaddel pense qu’au sein d’un conseil municipal, la majorité est là, en principe, pour appuyer le président. Mais parfois cette majorité peut représenter un handicap quand certains éléments en son sein pensent à leur intérêt plutôt qu’à l’intérêt général pour lequel ils s’étaient portés candidats.
Mon interlocuteur a la conviction que l’échec de la mission d’un conseil municipal, n’importe lequel, ne peut être attribué à son président ou à lui seul. La nature, dit-il, nous offre un exemple éloquent : si un arbre fruitier ne produit plus, il faut chercher le problème à la base et non dans les branches. Souvent, dit-il, la base est hétérogène et comporte les éléments de sa faillite.
Chirurgien de métier, notre docteur aime disséquer pour voir l’état de l’organe malade et chercher à le guérir. Il ne comprend pas comment certains élus n’ont aucun scrupule pour la noble mission qu’ils portent. Des fois, Arsalane El Jadidi organisait un repas chez lui pour permettre aux élus de sa majorité de discuter des affaires de la municipalité. Mais, au lieu de louer cette initiative fort bénéfique pour la bonne coordination, certains, dit notre docteur, donnent libre cours à la critique gratuite devant même le pallier de la maison de notre hôte.
Parmi les points noirs de la gestion municipale constatée par le docteur Mofaddel, c’est l’état des archives de la ville et le manque d’information municipale dirigée vers le public. Les archives délaissées dans le sous-sol ne trouvent aucun intérêt pour la majorité des membres, comme pour le personnel. C’est une question de mentalité qui ne souhaite pas changer.
Le Docteur Mofaddel se rappelle à ce sujet que lors de la préparation d’une visite à une ville européenne jumelée avec El Jadida, il avait proposé au Conseil que la délégation comprenne deux membres du conseil, le président et son adjoint, et de donner aux fonctionnaires communaux la chance d’en faire partie afin qu’ils se forment et acquièrent de nouvelles connaissances lors de leur visite à la municipalité amie.
jmahrim@yah

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