« Sur la route de Mazagan » défie la fugacité du temps


Par : Sofia NOUSSI
Chercheuse

Mustapha Jmahri, un homme de lettres dont l’écriture exhume et ressuscite la mémoire d’El Jadida, nous invite, dans son nouveau recueil « Sur la route de Mazagan », à arpenter le temps et l’espace de la cité portuaire marocaine, et plus particulièrement de ses faubourgs. À travers une série de nouvelles qui capturent les trajectoires de personnages enracinés dans une terre mazaganaise riche d’histoires et fertile en vécus, l’auteur porte son regard sur ceux que l’Histoire laisse en marge, ces « petites gens » aux vies modestes, vulnérables et affectées par la précarité.
Sous sa plume, la terroir mazaganais ou jdidi s’érige en un théâtre fascinant, truffé de drames intimes, et nous convie à suivre le sillage des destins singuliers. Du mystérieux vieux visiteur en quête d’un amour de jeunesse dans un cimetière marin oublié aux litiges d’un ancien combattant en Indochine, en passant par l’absurde tragédie d’un chien affamé, ces anecdotes locales inspirent une réflexion sur la fugacité du temps et la menace de l’anonymat. En effet, ses personnages vivent, éprouvent des émotions, doutent, se trompent, et c’est précisément pour cela qu’on y croit.
Dans le récit, l’humour colore le quotidien, noir parfois, tendre souvent, mais jamais forcé. On se délecte d’une prose fluide capable de transformer, à la manière d’une madeleine proustienne, une mandarine partagée dans un dortoir ou le cri d’un enfant dans une ruelle en moments qui se tatouent dans les esprits et résonnent longtemps.
Lieu omniprésent dans l’œuvre de Jmahri, Mazagan y jouit d’une place prépondérante. C’est une ville qui s’étend, qui se métamorphose, et dont la mémoire hante chaque page et chaque ligne. En établissant un pont entre un temps révolu et les fulgurances du présent, l’auteur réussit à rendre universelle une atmosphère spécifique, empreinte d’une chaleur humaine qui caractérise son écriture. Une chaleur qui réconforte si bien qu’elle émeut.
Guidé par le fil de la mémoire, ce recueil est avant tout un acte de fidélité envers des gens humbles, envers une ville si chère au cœur de l’auteur, envers ce que la vie ordinaire recèle de mystère, d’absurde, de malheur et d’émotion quand on daigne la contempler. C’est un hommage qui vibre au rythme de la résilience humaine et cherche à saisir l’âme d’une ville à travers le prisme de ceux qui l’ont habitée.
« Sur la route de Mazagan » illustre une galerie de silhouettes dont les histoires méritent d’être racontées, et constitue, par-là, une invitation à ralentir le pas pour mieux observer et redécouvrir ce qui nous entoure et, in fine, pour mieux comprendre ce qui nous unit plutôt que ce qui nous désunit.
Sofia NOUSSI

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