Des rumeurs persistantes font état d’un projet de jumelage entre la ville d’Azemmour et Haïfa, en Israël. Un projet ambitieux qui, sans le contexte tendu actuel au Proche-Orient, aurait peut-être déjà vu le jour.
Azemmour, rappelons-le, a été un foyer historique pour de nombreux Marocains de confession juive. La ville abrite l’un des plus importants mausolées juifs du Maroc, celui d’Abraham Moul Niss, figure vénérée par la communauté.
La signature d’un tel jumelage serait perçue comme une tentative louable de rapprocher les peuples, de favoriser les échanges d’expériences, de valeurs, et de compétences à travers des projets communs, des formations ou encore des événements culturels de grande envergure. Des conférences, des commémorations, des festivals artistiques, ou encore des études et sondages pourraient ainsi voir le jour, portés par des associations locales, soutenus par les autorités et rendus visibles au grand public.
Mais au-delà de ces belles intentions, une question de fond s’impose : Azemmour est-elle prête pour un tel défi ?
Car il est difficile de ne pas s’interroger. Où sont aujourd’hui les résultats concrets de nos précédents jumelages ? Combien de projets, d’échanges culturels ou de formations ont-ils réellement émergé de ces partenariats passés ? Combien d’événements marquants ont-ils été organisés ? Les rares initiatives visibles peinent à masquer une réalité plus sombre : l’absence criante de moyens humains capables de faire vivre ces jumelages au-delà des signatures protocolaires.
Et surtout, comment prétendre au dialogue international quand, localement, la ville elle-même peine à offrir un cadre de vie décent à ses habitants ? Il suffit d’arpenter la médina pour constater l’ampleur du travail qui reste à accomplir : routes dégradées, trottoirs délabrés, gestion urbaine approximative… Azemmour semble figée dans une léthargie d’un autre âge.
Ainsi, avant de tendre la main au-delà des mers, ne faudrait-il pas commencer par relever les défis qui sont à notre porte ? Donner à la ville les infrastructures et l’élan humain dont elle a besoin, afin qu’elle soit fière de se présenter à ses futurs partenaires, non pas comme une cité au riche passé seulement, mais comme une ville tournée vers l’avenir.
Abdellah Hanbali
